Politique et société

Opération « Risée Frisée »

Jean Charest a pris une décision qui sera lourde de conséquences aujourd’hui : il croit désormais qu’il est de bon ton de rire du peuple québécois avec la mafia qui lui a acheté ses élections.

Étant un escroc très habile, Charest sait que l’humour est une arme politique redoutable. Le hic, c’est que personne ne trouve ça drôle, sinon la pègre qui finance le parti libéral.

Puisque Jean Charest rit de nous, rions de Jean Charest.

Rions de lui en toute occasion, pour n’importe quelle raison. Rions de lui tout le temps, sur toutes les tribunes, sans le moindre discernement. Rions de lui jusqu’à la fin de son mandat, rions de lui pendant les prochaines élections, rions de lui quand il les perdra. Quand la commission Charbonneau l’éclaboussera, Charest entendra le terrible ricanement populaire qui le suivra comme un acouphène.

Je propose au mouvement étudiant de mettre à profit les trésors de créativité et d’irrévérence qui l’animent pour se foutre royalement de la gueule du premier ministre actuel. Caricatures, vidéos, chansons, affiches, memes, sketchs…n’importe quoi, n’importe quand, n’importe comment.

Jean Charest n’a pas de problème avec l’humour vulgaire ciblant des ennemis politiques? Prouvons-lui qu’on peut, nous aussi, être drôle en tabarnac.

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Martineau, Lagacé et le chat de Schrödinger

Je ne comprends rien à la physique quantique. Parlez-moi d’intrication ou de dualité onde-particule, mes yeux se mettront à loucher et mon corps produira des microdémangeaisons que le premier synérgologue venue saura traduire par un subtil malaise qui m’englobe tout entier. On aura beau m’expliquer quarante fois la fameuse expérience d’ Erwin Schrödinger, je ne comprends pas pourquoi le satané chat est à la fois mort et vivant, suivant le principe des états superposés. Mon père me l’a déjà expliqué, je peux donc aussi l’expliquer, mais je ne comprends toujours pas. Même la physique classique me paraît parfois insaisissable.

Les gens, en général, s’entendent pour dire que la physique c’est pour les physiciens. Bien comprendre la théorie de la relativité restreinte implique au minimum qu’on soit au faite des travaux d’Einstein et de Point-Carré. Chose étrange, quand il s’agit de politique, c’est une tout autre histoire. Il semblerait que le fait de suivre la politique dans les journaux et à la télé soit suffisant pour émettre des propos sérieux et réfléchis sur la chose politique. Je dois cependant mettre un bémol à cette idée reçue: s’il faut reconnaître qu’il s’agit d’une condition nécessaire, il faut avoir l’honnêteté de dire que ce n’est pas une condition suffisante. On a tendance à oublier qu’un professeur de philosophie c’est quelqu’un qui a passé une sacrée bonne partie de sa vie à lire les philosophes et à jouer avec les concepts, qu’un historien connaît l’histoire et qu’un sociologue comprend mieux que n’importe qui les dynamiques de groupes restreints et la nature des actions coercitives que la société exerce sur les consciences individuelles. Pour l’agrégé de science-po, il n’en va pas autrement.

Depuis la république de Platon, beaucoup sont ceux qui ont tenté de comprendre ce que sont la cité, la citoyenneté, le bien commun, la tyrannie, la démocratie, le pouvoir, le peuple, la justice, les lois. De grands esprits ont écrit de grands livres, mais à une époque où l’on place ses parents en centre pour personnes âgées, peut-on s’attendre à ce que l’on s’intéresse à ce que Hegel a pu écrire sur le droit, et à ce que Toqueville avait à dire sur la démocratie? Je pense sérieusement qu’il y a quelque chose qui cloche dans une société quand les forces policières investissent les campus pour menotter un vieux prof. Comme le disait Paul Desalmand « On a toujours brûlé des livres. Et, généralement, on n’a pas tardé ensuite à brûler des êtres humains ». N’allez pas croire que je crie au fascisme, mais force m’est de reconnaître que l’éducation et la tolérance n’ont jamais été dans les bonnes grâces des régimes totalitaires. On pourra bien me traiter d’élitiste, je persiste à croire que tout le monde gagnerait à s’instruire auprès des instruits.

J’aimerais lire un chroniqueur qui sache nous faire rire et nous divertir en écrivant sur son voisin, sur ses bas sales, sur ses chicanes de couple ou, comme Foglia, sur un bon livre ou sur les souvenirs de jeunesse que lui procure sa tasse de thé. Lorsqu’on lui demanderait pourquoi il n’écrit pas sur les phénomènes relevant de la sociopolitique, il dirait avec la franchise de l’homme humble: « mon opinion ne vaut pas mieux que la vôtre, allez à l’université, discutez avec les gens, vous aurez des réponses à vos interrogations ».

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En grève jusqu’à la découverte de l’Atlantide

Hier, j’assistais à ma première assemblée générale de l’AFESH. Je sais, je sais… « T’aurais dû y aller avant », « ça nous concerne tous », « putain de réformiste », alouette. En vérité, je me suis surtout impliqué au niveau de mon département depuis le début de mon bac, ne voyant pas trop ce que j’aurais été foutre à la séance d’expression corporelle légendaire de mon association facultaire. 24 heures après la levée de l’assemblée, je me pose toujours la question.

Comme certains d’entre vous le savent, je caressais le projet de soumettre une proposition visant à précipiter la chute du gouvernement Charest tout en favorisant une résolution rapide du conflit (je vous invite à consulter la version va-comme-je-te-pousse ici et la version formelle ici). Comme le disais François Pignon, j’ai fait la boulette. Ma proposition ne fut pas battue, c’est bien pire : je ne l’ai pas présenté.

Je me suis fait avoir comme le débutant que j’étais et le blâme me revient entièrement. J’ai pris pour acquis, allez savoir pourquoi, que ce type de rassemblement était régi par une certaine forme d’étiquette, une entente tacite de savoir-proposer et de savoir-écouter qui garantissait à tous le loisir de se prononcer dans le respect du nombre (i.e. « J’ai dit ce que j’avais à dire et les gens comprennent ma position. Comme je n’ai rien d’intéressant à rajouter, je vais me taire et laisser mes pairs se prononcer »).Pourtant, alors que la masse hébétée dont je faisais résolument partie écoutait, médusée, la propagande moralisatrice qu’on lui forçait de se taper avant de pouvoir voter, une petite brigade d’émotifs saltimbanques verbomoteurs qui, eux, contrairement aux autres je suppose, « ont des rêves », guidait habilement le débat vers l’adoption nécessaire d’un mandat de grève jusqu’à l’obtention de la gratuité scolaire. De la gratuité scolaire.

Allez savoir comment, ça a marché.

Dans ce contexte, après une décision aussi étrange, aussi anti-pragmatique et politiquement suicidaire, je trouvais complètement incohérent de rajouter « ou jusqu’au déclenchement des élections » à la proposition de maintien de la grève. Proposer une issue politique au conflit ne se défend, d’après moi, que lorsqu’on se montre ferme dans nos revendications économiques, pas quand on les remplace par la position de la ligue crypto-bakouniniste de Saint-Alphonse-de-Rodriguez. Camarades gratuitistes de combat, vous êtes désormais, avec les firmes de génie-conseil et Power Corp, les meilleurs alliés de Jean Charest pour la prochaine campagne électorale. Chapeau bas!

Pourtant, sachez que je suis totalement en faveur de la gratuité scolaire. Inconditionnellement! Je suis également résolument pour le maintien de la grève. N’empêche, je suis d’abord et avant tout en faveur de la victoire et d’une résolution aussi rapide que satisfaisante du conflit. Je maintiens que nous ne pourrons jamais faire le moindre gain en dialoguant avec le gouvernement actuel et que la meilleure option qui s’offre à nous est de le faire tomber.

Alors, pour revenir à cette proposition, j’ai fait le choix de ne pas la présenter sous forme d’amendement, mais plutôt de la présenter dans une version édulcorée où le déclanchement des élections menait à un vote de non-reconduction de la grève et non à un retour en classe automatique. Dans cette forme, ma proposition n’avait peut-être plus le mordant de l’originale, mais elle pouvait, sait-on, faire son chemin quand même. Résolu, j’ai attendu. Et attendu. Les propositions, amendements et sous-amendements ce sont lentement écoulés comme des gouttes d’eau qui, au fil des heures, ont commencé à me fendre le crâne. J’avais mal à la tête. Puis, six heure et demi après le début prévu de l’assemblée (12h00), un ajournement (ou une levée, je ne me souviens plus, sinon d’un écho distant qui soufflait que ce n’était pas la même chose) fut voté. J’ai voté pour. J’étais comme mort. Chapeau bas.

Peut-être que le temps est venu de fonder l’aile pataphysique de l’AFESH. Ce serait complètement impertinent, mais ça nous permettrait de rigoler de temps en temps :

« Je propose le maintien de la grève jusqu’à la découverte de l’Atlantide. »

« Je propose le maintien de la grève jusqu’au Ragnarok. »

« Je propose le maintien de la grève jusqu’à ce que le gouvernement installe une statue de Normand Béthune haute de 30 mètres en plein centre de la chambre des communes. »

« Je propose le maintien de la grève jusqu’à l’instauration de la gratuité scolaire pour tous les peuples de la galaxie. ».

Je délire ferme, excusez-moi. Je ne cherche à heurter personne avec ce message, mais il est vrai que je suis déçu parce que je veux que l’on fasse des gains et j’ai l’impression que le vote d’hier nous conduit tout droit dans le mur. Certains diront que je n’avais qu’à le dire au micro et ils auront raison. C’était à moi de venir avant pour comprendre les rouages de votre démocratie.

Toutefois, si des gens souhaitent le faire, il n’est pas trop tard (bien que le temps presse) pour soumettre la proposition à d’autres associations facultaires (plusieurs personnes m’ont dit qu’ils le feraient dans la leur). Avec un plancher d’étudiants qui supportent la proposition, qui sait, peut-être que nous serions en mesure de faire prendre au débat une tournure inattendue…

Eric Lécuyer

Membre du comité exécutif de l’association des étudiantEs en sciences des religions

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Proposition formelle menant à la chute du gouvernement Charest

Lundi, le 16 avril 2012, je soumettrai la proposition suivante lors de l’assemblée générale de l’AFESH. Il s’agit d’une schématisation formelle de l’idée que j’ai évoquée dans un article précédent. Si vous souhaitez présenter ce type de proposition lors de vos assemblées générales respectives, je vous invite à utiliser le texte suivant en y apportant, si vous le jugez nécessaire, des modifications. Avant de procéder, je tiens à remercier tous les gens qui ont témoigné leur intérêt pour cette proposition. Vos nombreux commentaires furent très appréciés!

Proposition menant à la chute du gouvernement Charest

Considérant que le mouvement étudiant gagnerait à maintenir fermement sa position à propos du gel des frais de scolarité tout en offrant une solution pour résoudre le conflit.

Considérant qu’utiliser l’élément de surprise pour attaquer ses adversaires là où ils sont le plus vulnérable constitue nécessairement une excellente stratégie.

Considérant que le gouvernement Charest est fortement lié à un nombre croissant de cas de corruption, de trafic d’influence et de fraude électorale bien documentés et soutenus par des témoins directs.

Considérant que l’insatisfaction de la population québécoise concernant les orientations du gouvernement actuel atteint des sommets historiques et que le déclenchement d’élections au cours des prochains jours précipiterait sa défaite.

Considérant que le mouvement étudiant ne doit s’attendre à aucune manifestation de bonne volonté venant de dirigeants qui n’ont plus la légitimité nécessaire pour gouverner.

Considérant que l’adoption d’une position claire à la fois contre la hausse des frais de scolarité et contre la présence du gouvernement Charest à l’Assemblée Nationale attirerait, encore plus qu’à présent, la sympathie de l’opinion publique – ce qui inclut aussi sa frange la plus réfractaire à la grève ou au gel – envers le mouvement étudiant, décuplant implicitement son rapport de force avec le gouvernement.

Considérant qu’il n’existe aucune démonstration de force plus magistrale pour un mouvement social que de faire tomber un gouvernement.

Il est proposé que les membres de l’AFESH maintiennent fermement leur position en regard au gel des frais de scolarité tout en acceptant de mettre fin à la grève sans délai si le gouvernement Charest déclenche des élections générales au Québec.

Encore une fois, je vous invite à diffuser massivement cette proposition si elle vous parait audacieuse et efficace. Ensemble, prenons la liberté de montrer la sortie au gouvernement Charest!

Eric Lécuyer

Membre du comité exécutif du département de sciences des religions

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Une solution philosophico-politique

«  Considère comme un ennemi public quiconque hait le peuple. »

– Cléobule de Lindos

Le texte qui suit concerne une proposition de résolution de conflit sur la hausse des frais de scolarité. Cette proposition a été formulée dans un texte de mon camarade et ami Éric Lecuyer, texte ayant pour titre « proposition menant à une résolution immédiate du conflit étudiant ». Je tenterai pour ma part de faire valoir l’intérêt particulier que représente cette option ainsi que l’originalité de la démarche, en tant que dépassement de la contradiction interne au conflit, par une brève analyse de son contenu. Je parlerai, pour l’essentiel, de violence symbolique et de principe dialectique.

Parce qu’il a été porté au pouvoir par un nombre de partisans moindre que le nombre d’abstentionnistes complètement désabusés que l’on ne compte plus dans la province, et parce qu’il a sciemment oublié que l’idée de démocratie implique un minimum de dialogue avec le peuple dans la gestion des affaires étatiques, le gouvernement Charest doit impérativement, et depuis toujours, nous convaincre qu’il est légitime, tant dans son être que dans ses actes. Tel est le cas dans à peu près tous les ministères libéraux, celui de l’éducation, des loisirs et du sport n’y faisant pas exception.

Le problème de légitimation du gouvernement pour instaurer l’ordre dans la société qu’il prétend défendre passe d’abord par la légitimation de l’ordre symbolique. Le gouvernement tente de légitimer l’ordre symbolique qui est le sien propre afin d’incorporer les nouvelles générations (la jeunesse étudiante) au monde socialement objectivé (libéralisme économique étendu à toutes les sphères de la société), et ainsi maintenir l’ordre social au sein de la communauté. L’abstraction de la juste part s’inscrit alors comme violence symbolique lorsque le gouvernement se fait l’apôtre d’une justice que jamais il ne définit, et qu’il pose cette juste part comme une objectivité incontournable. C’est cette même objectivité incontournable que l’on a pu repérer dans le discours d’Alain Bourdages, inspecteur-chef de la planification opérationnelle au SPVM: « On considère les gaz lacrymogènes moins dangereux pour la sécurité des policiers et des manifestants que les contacts physiques comme les coups de bâton ». Bien sûr, les coups de bâton sont plus dangereux, mais pourquoi le bâton est-il proposé comme étalon de mesure, comme nécessité immuable, comme allant de soi? N’est-ce pas ici l’État comme détenteur du monopole de la violence légitime qui est à l’oeuvre? Il faut bien comprendre, pour pouvoir évaluer les possibilités réelles de gagner au bras de fer avec le gouvernement, qu’avant même l’annonce de la hausse des frais de scolarité, nous étions déjà pris, malgré nous, dans l’univers des modalités économiques imposé par la toute-puissance du marché concurrentiel promu par le capitalisme monopoliste d’État.

Considérons l’imposition de la hausse des frais de scolarité comme la thèse, et la grève étudiante comme l’antithèse d’une dialectique qui, dès l’annonce de la hausse des 1625$, a insidieusement pris place sur le terrain de l’économie. Les deux termes (thèse et antithèse) ne relèvent que de l’esprit de contradiction. Ce premier mouvement de la dialectique (se poser en s’opposant) est, fondamentalement, un conservatisme qui exige la répétition conflictuelle en tant que refus de la dépasser: les deux positions idéologiques sont dualité, mais aussi complémentarité. Lecuyer propose une solution visant le plus rapidement possible à mettre fin à cette relation d’engendrement réciproque de la thèse et de l’antithèse où les chiffres de l’un se voient contredits par les chiffres de l’autre, encore, toujours et ainsi de suite, nonobstant la rigueur des études avancées par certains spécialistes particulièrement bien informés.

Tant que durera la grève, on ne peut s’attendre qu’à un petit gain substantiel ou à une perte. Tant que durera la grève, les médias délaisseront la question du Plan nord, des gaz de schiste, de la corruption et de la collusion pour déplorer le triste sort d’une fameuse paire de lunettes ministérielles ou pour vanter quelques slogans puisés ça et là dans la rue. C’est là, bien malgré nous, un conflit qui profite politiquement au gouvernement, si tant est qu’il soit toujours au pouvoir. La volonté de faire éclater les bornes imposées et de rentrer avec force sur le terrain politique (en tant que seule opération synthétique pouvant dépasser la contradiction interne au conflit) me semble être la plus intéressante solution et, avant tout, la plus citoyenne.

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Proposition menant à une résolution immédiate du conflit étudiant

Le mouvement étudiant et le gouvernement de Jean Charest sont présentement dans une impasse. Comme aucune des deux parties n’est prête à revenir sur ses positions en regard à la hausse des frais de scolarité, nous pouvons présumer qu’aucune négociation d’ordre économique ne puisse porter fruit. Ce faisant, il est impératif de trouver une solution satisfaisante en dehors d’un cadre strictement financier en forçant le gouvernement à négocier sur un tout autre terrain.

En ce sens, notre proposition offre une issue strictement politique au conflit : quand le gouvernement refuse d’écouter la population qu’il a le devoir de représenter, la population a le devoir de changer de gouvernement. Nous devons cesser de perdre notre temps à essayer de négocier avec des dirigeants outrageusement corrompus, vendus aux compagnies d’asphalte, aux firmes de génie-conseil ainsi qu’aux autres grands argentiers du parti.

Notre proposition va précisément dans cette voie :

L’ensemble de la communauté étudiante en grève accepte de retourner en classe immédiatement après le déclanchement d’élections générales au Québec.

Voyons maintenant ce que notre proposition implique.

Le gouvernement sera sérieusement mis dans l’embarras. Le mouvement étudiant offrirait à Jean Charest la possibilité de mettre fin à la grève instantanément en mettant ses sièges en jeu. S’il accepte, il entrera en période électorale dans les pires conditions imaginables, étant détesté par une écrasante majorité de l’électorat et devant composer avec la prémisse d’un certain printemps québécois. Les étudiants seront également en mesure de canaliser l’énergie de leur mouvement dans des actions servant à contrer une hypothétique réélection de Jean Charest.

Or, si ce dernier refuse, il démontrera incontestablement la faiblesse de sa position. Tous pourront alors constater qu’il n’est rien d’autre qu’un poltron qui s’agrippe obstinément au pouvoir sans l’accord de la population. La grève continuerait, les infrastructures seraient encore quotidiennement bloquées et des fonds publics seraient toujours dilapidés pour payer les mercenaires gazeurs de foules. Avec notre proposition sur la table, la collectivité québécoise aura tôt fait de demander des élections au plus vite, à la fois pour mettre fin à la grève et pour montrer la porte au gouvernement Charest.

Vous aurez compris qu’il s’agit d’un pari qui nous condamne à la victoire. Nous pouvons à la fois maintenir fermement nos revendications, retourner en classe et changer de gouvernement. Avec l’atmosphère d’effervescence printanière qui a cours actuellement au Québec, nous pourrions difficilement imaginer un meilleur timing pour le déclenchement d’une élection générale. Jean Charest le sait et c’est pour cette raison qu’il tente de repousser à son ultime limite la date du scrutin. Obligeons-le à tester la volonté du peuple!

Si cette proposition vous interpelle, si vous pensez, comme nous, qu’il s’agit de la seule solution qui puisse nous faire sortir du conflit la tête haute, nous vous invitons à la propager partout autour de vous et à en proposer l’adoption dans vos assemblées générales respectives.

Nous vaincrons,

Eric Lécuyer

Membre du comité exécutif du département de sciences des religions de l’UQÀM

Retour sur l’assemblée de l’AFESH

Vous pouvez consulter la proposition officielle ici.

Je vous invite aussi à lire « Une solution philosophico-politique » par Marc-Antoine Fournelle

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La Parabole du macaroni et l’esprit de sacrifice: réponse à Martineau

Dans sa réplique aux étudiantes et étudiants publiée son blogue le samedi 24 mars, Richard Martineau a su résumer en deux phrases l’essentiel d’un conflit intergénérationnel :

« Or, je persiste et signe. Quand jétais étudiant, je navais pas les moyens daller manger sur la terrasse dun resto chic dOutremont. On vivait à 5 dans un appartement minable et on mangeait du macaroni. Et je navais pas les moyens de macheter les gadgets de lépoque. Je me suis serré la ceinture, jai INVESTI dans mon avenir, et aujourdhui, je suis heureux davoir fait ces SACRIFICES. »

Cette parabole du macaroni et des sacrifices, elle m’a été servie de nombreuses fois par mon père (sauf que dans son cas, c’était des toasts au beurre de pinottes.) Dans le temps, des dires même du paternel, la population étudiante était pour la grande majorité jeune et sans le sou. Issue de familles nombreuses et de milieux très modestes, elle n’a pu compter pour financer ses études d’aucun autre soutien que celui que le gouvernement d’alors avait jugé bon d’instaurer, sous la forme de prêts et bourses couvrant de misère ses besoins de base.

Ses études terminées, mon père a reconduit ce même esprit de sacrifice dans sa carrière. Le plus clair de mon enfance, il a fait le sacrifice de sa vie de famille pour monter une entreprise qui, bien qu’elle lui bouffa 6 jours de sa semaine pendant plus de 10 ans (le 7e, il dormait…), nous sortirait éventuellement tous du besoin. Ma mère a pour sa part fait le sacrifice de son autonomie financière et de son épanouissement professionnel, en grande partie parce que la garderie était hors de portée du budget familial. Motivés par le désir de nous donner mieux que ce qu’ils avaient reçu eux mêmes, mes parents se sont investis et ont fait des sacrifices pour nous assurer, à ma sœur et moi, un avenir meilleur.

Ces générations (les boomers et les X, pour faire dans les catégories) ont effectivement mangé plus que leur part de macaroni pour se sortir de leur condition de pauvreté. Dans le Québec émergent post 1967, c’était ce qu’il y avait de plus digne à faire. Ces sacrifices consentis étaient alors porteurs de promesses et de sens parce qu’ils permettait réellement, à qui en avait la chance et s’en donnait la peine, d’améliorer sensiblement ses conditions de vie. Ces hommes et ces femmes ont en bonne partie réussi, et nous leur devons pour cela admiration et respect.

Self made man exemplaire, mon père a su me transmettre l’amour du travail et la valeur de l’effort. Je dois à ces valeurs transmises, ainsi qu’à l’appui financier familial (dont je n’ai par ailleurs jamais abusé, trop consciente, voire vaguement honteuse, de dépenser l’argent durement gagné) d’avoir poursuivi jusqu’aux cycles supérieurs mes études postsecondaires.

***

Le statut d’étudiant couvre aujourd’hui des réalités sociales complexes; la majorité travaille à temps partiel alors il n’est pas rare pour des travailleurs de tous domaines de souscrire à la formation continue. Les parents étudiants sont nombreux, les familles monoparentales aussi. Il y a des quarantenards en réorientation de carrière, des retraités qui veulent se garder l’esprit aiguisé… Les études n’ont plus grand chose à voir avec une étape de vie bien cadrée concernant une population dans la 20aine cheminant vers la vie « adulte » de travailleurs actifs.

J’ai passé les huit dernières années de ma vie dans l’université, partageant mon temps entre les études et et le travail (précaire) d’assistance à l’enseignement et à la recherche. Je suis également devenue maman au début de la maîtrise. Foi de mère-étudiante-travailleuse, aucune instance gouvernementale sensée soutenir l’accès aux études et/ou les nouvelles familles n’est réellement adaptée à la complexité des situations où peuvent se retrouver les étudiantes et les étudiants aujourd’hui. Le Programme de prêts et bourses (conçu pour le modèle étudiant des années 1980), comme le Régime québécois d’assurance parentale (conçu pour des travailleurs 9 à 5), sont des instances qui ne se parlent pas entre elles, alors qu’elles sont impliquées de concert dans la situation financière de milliers de personnes et de leurs familles.

Vous parlerai-je de ces quelques 7000$ durement gagnés en bourses d’excellence, pour lesquelles j’ai tout donné pendant le BAC (foutue moyenne!), et qui m’ont été retranchés cette année sur les Prêts et bourses gouvernementaux parce que j’ai eu le malheur de gagner plus de 12 000$ en 2011? (Pour l’année en cours, la carte de crédit couvre le gouffre financier.) Vous parlerai-je de toutes ces bourses d’excellence (environ 80% des offres) auxquelles j’étais inadmissible parce que j’ai eu le malheur de commencer la maîtrise à temps partiel pour cause de maternité? (Malgré un dossier académique exemplaire, un cheminement atypique est une garantie de non reconnaissance au sein des structures universitaires.) Vous parlerai-je, enfin, de ces quelques 600$ que m’a réclamé le Régime québécois d’assurance parentale parce que j’ai osé travailler une poignée d’heures réparties sur trois mois en même temps que je recevais des prestations de nouvelle maman? Prestations qui, soit dit en passant, sont calculées dans les mêmes proportions pour tout revenu annuel de 50 000$ et moins… Juste pour le plaisir de l’exercice, vous calculerez 55% d’un salaire hebdomadaire pour un revenu annuel de 8000$, pour voir combien ça paye de macaronis… Heureuse d’être encore à deux pour parer solidairement aux absurdités du système, car ces mesures de « soutien », qui ont fortement tendance à s’annuler les unes les autres, maintiennent même les plus avisé.e.s dans une précarité financière constante.

Mais il y a pire. Les professeur.e.s sont de plus en plus nombreux et nombreuses à dénoncer la mauvaise gestion et le mal-financement des universités. Les tâches bureaucratiques paralysent les activités d’enseignement. Des millions de dollars sont accordés à la recherche alors que des professeurs, libérés de leurs obligations, s’occupent à gérer des sommes astronomiques en subventions de recherche à l’extérieur de la communauté universitaire, souvent aux profits d’intérêts privés à peine déguisés. Ajoutez à cela toutes les bêtises cumulées par le gouvernement en place, qui vend à rabais les ressources naturelles, se fout des urgences environnementales, impose des taxes sur la santé, fait des cadeaux fiscaux aux entreprises, offre des contrats sans appel d’offre… Ça sent le copinage, le conflit d’intérêt. Ça sent fort. Même que ça empeste…

D’un côté ces tristes clowns nous servent des sermons peu crédibles, alors que de l’autre se multiplient les études, les expertises, les avis indépendants soutenant qu’un bon ménage de nos institutions (la fin des chaînes de privilèges et de la corruption) et une meilleure redistribution de la richesse (plus de paliers d’imposition, une meilleure gestion de nos ressources naturelles, la taxation responsable des entreprises) suffiraient largement à couvrir la gratuité scolaire, l’accès à la santé, voire tous les programmes sociaux confondus.

Et l’on vient nous haranguer à propos de la nécessité de faire des sacrifices et d’investir dans notre avenir. On nous dit, non sans condescendance, que nos cheminements n’auront pas de valeur à moins que nous ne gagnons ce que nous avons à force de souffrances et de renoncement. Le problème est précisément là : faire des sacrifices en tant qu’étudiant dans les années 80-90, c’était porteur de sens. Faire des sacrifices pour faire plaisir à ce gouvernement vendu, corrompu et clos sur lui même, alors qu’année après année, les riches continuent s’enrichir, s’appropriant sous le couvert du privé la richesse collective tout en répandant comme une évidence la rhétorique du manque (les fameuses parts de gâteau, ou ces bouts de « couverte » que chacun tire de son bord), cela n’a absolument aucun sens.

***

Je trouve ignoble que la réalité d’étudiants plus aisés festoyant sur les terrasses chic d’Outremont vienne masquer celle, beaucoup plus commune, d’étudiants-parents-travailleur surnageant session après session dans l’absurdité bureaucratique et la précarité financière qu’elle engendre. Hier comme aujourd’hui, les étudiants pauvres, seuls ou en famille, restent chez eux et font des sacrifices. Ils ont en fait le choix entre manger du macaroni ou combiner dans des proportions destructrices travail et études. Dans les deux cas, ils se ruinent la santé physique et psychologique au nom d’une hypocrite nécessité qui ne profite finalement qu’aux mieux nantis. Et ils ne sont pas seuls dans cette condition aliénante : allez demander à tous ces travailleurs et travailleuses désillusionnés, dépossédés de la moindre prise sur leurs conditions de travail, peut être même aux portes du burn-out, si les sacrifices auxquels on leur demande de consentir leur donnent l’impression d’investir dans leur avenir.

Dans la foulée de la Révolution tranquille, la réforme de l’université et le programme de prêts et bourses mis en place par le gouvernement avait pour objectif premier de soutenir par le moyen de l’éducation le développement et le bien-être général de la société québécoise. Il est navrant de constater qu’aujourd’hui, beaucoup de celles et de ceux qui ont bénéficié de ce soutien de leur propre société se désolidarisent de ceux qui les ont suivis, arguant qu’ils ne souffrent pas assez pour avoir le droit de se plaindre. Je vois mal pourtant comment une personne constamment placée en position de survie, assurée d’être endettée plus de la moitié de sa vie (après le prêt étudiant viendra l’hypothèque…), peut constituer une richesse pour sa société. Avec la parabole du macaroni et l’esprit de sacrifice qu’elle prône, c’est tout le projet d’amélioration du monde pour les générations futures qui est foulé aux pieds.

En définitive, il me semble plus qu’approprié de parler de parabole en ce qui concerne les macaronis de Martineau. Il y a dans cette valeur immense accordée au sacrifice un relent de religiosité catholique qui consacre la valeur des réalisation impliquant peine, souffrance et abnégation. Jésus, ce fier sémite révolutionnaire, n’a-t-il pas souffert sur la croix pour nous sauver tous? J’imagine pourtant mal notre Sauveur revenir à Pâques dire à ses apôtres que leurs efforts pour aider les plus démunis ne valent rien, à moins qu’ils n’aillent se faire crucifier eux aussi.

Le jour où le gouvernement aura fait ses devoirs de transparence, de responsabilité et de redistribution solidaire de la richesse, le jour où les riches (les particuliers comme les entreprises) feront eux aussi leur juste part, le jour où nous gérerons respectueusement nos richesses collectives en les considérant pour ce qu’elles sont vraiment : le patrimoine des générations à venir, alors je promets solennellement de consentir dans la joie à tous les sacrifices nécessaires pour soutenir l’épanouissement de ma société. D’ici là, je veux pouvoir vivre sainement, prendre le temps qu’il faut pour être vraiment présente auprès de mon enfant, m’impliquer bénévolement dans ma communauté, partager de bon cœur et sans compter le peu que j’ai et nourrir mes amitiés, celles qui restent quand le soutien de l’État fout le camp, parce que ce sont à mes yeux les moyens les plus sûrs d’investir réellement dans mon avenir et celui des miens.

Je ne servirai pas la parabole du macaroni à ma fille. En fait, je ne lui souhaite rien de moins qu’une existence plus douce que la mienne, plus stable et moins stressante, plus épanouie. Avec un peu de chance, peut-être arriverai-je à lui partager l’amour du travail et la valeur de l’effort qui m’ont été légués, de sorte qu’elle puisse un jour trouver autant de fierté et de plaisir que moi à faire de son mieux. En lui donnant l’exemple, peut-être même arriverai-je à lui transmettre un certain sens de la solidarité et de la responsabilité qui lui fera voir toute la pertinence et l’importance d’oeuvrer au bien-être de celles et ceux qui viendront après elle, malgré les difficultés et les sacrifices.

Émilie Dazé, citoyenne québécoise contre la hausse et POUR UN CHANGEMENT SOCIAL GLOBAL

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Économie du savoir : le crépuscule du règne des idiots utiles

Au cours de cet article, je laisserai partiellement de côté mon statut d’étudiant en sciences des religions pour parler à titre de conseiller en dotation, emploi que j’occupe avec passion depuis près d’un an. Comme vous pouvez l’imaginer d’après le titre qui coiffe ce billet, le sujet auquel je souhaite m’attaquer est pour le moins controversé. Si je devais le résumer en une phrase, je pourrais dire qu’il s’agit d’une réponse aux bien-assis qui reprochent aux étudiants de revendiquer des changements au niveau du financement des institutions scolaires alors qu’ils auraient un train de vie supposément aisé. J’avancerai l’hypothèse que l’accès aux technologies de pointe, le questionnement de l’autorité ainsi que le développement d’une vie sociale riche sont des facteurs essentiels d’épanouissement à la fois collectif et économique.

Les changements radicaux qu’entraîne l’économie du savoir au niveau de l’emploi exigent une révision profonde de notre perception de l’éducation et, par la bande, de la condition d’étudiant. Cette façon d’appréhender notre rapport à la connaissance et au travail s’oppose en tout point à la vision d’esclave-satisfait-de-son-sort qui a encore cours – bien que plus pour très longtemps – dans le discours ambiant. Dans ce mode de pensée ancré dans l’imagerie du porteur d’eau qui en arrache, mais qui est fort comme un cheval, on estime qu’il serait parfaitement naturel que les étudiants vivent dans la plus abjecte pauvreté, s’alimentant de façon malsaine (i.e. « Mangez du Kraft Diner! Ça ne vous tuera pas! »), s’aliénant complètement de toutes formes de développement technologique (i.e. « Ça n’a pas de bon sens! Ils ont des téléphones cellulaires! ») ou encore se gardant de participer à tous types de rassemblement social (i.e. « Ça se dit pauvre, mais ça va prendre des cafés ou de la bière en gang! »), sans quoi ils n’auraient pas la légitimité nécessaire pour émettre la moindre revendication.

En mon sens, la meilleure façon de rater la révolution de l’information et, implicitement, de plonger le Québec dans un marasme économique sans précédent, serait de mettre en pratique ce programme ascétique de benêt docile. En effet, le travail, dans ce que nous pouvons nommer l’économie du savoir, requiert des aptitudes très différentes de ce qui fut autrefois demandé des salariés. À ce titre, on peut noter que ce que l’on appelait il y plusieurs années recrutement de main d’œuvre est désormais désigné par acquisition de talents. Comme nous le verrons à l’instant, cette translation au niveau des termes n’est probablement pas survenue en vain. Lire la suite

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L’évocation de la nation chez François Legault

L’évocation de la nation chez François Legault

François Legault est le politicien (non-élu) duquel il fut le plus question au cours des derniers mois dans l’actualité politique québécoise. Ancien ministre péquiste et fondateur de la compagnie aérienne Air Transat, Legault est le nouveau représentant du changement dans la joute politique au Québec. Avant d’être officiellement un parti politique, la Coalition Avenir Québec que dirige Legault se voulait un groupe de réflexion et de consultation populaire non partisan, c’est-à-dire dans le contexte québécois, ni fédéraliste, ni souverainiste. Ici, l’important est désormais de redonner vie au Québec : il faut « solidifier les fondements de notre société[1] » pour qu’elle soit plus performante, plus attrayante et à terme, fière d’elle !

Ni souverainiste, ni fédéraliste, pour une posture nationaliste.

Le texte fondateur du mouvement rendu public au début de l’année 2011 avait pour but de bien baliser le ton et l’angle sous lesquels se dérouleraient les rencontres avec les citoyens. Pour les membres de la CAQ, il allait de soi que la société québécoise avait « perdu ses repères et la confiance en elle-même » et ce, principalement en raison de l’incapacité du peuple québécois « à trouver une solution rassembleuse à la question nationale [2]». À défaut d’être en mesure de trouver une solution suscitant de l’intérêt quant au statut du Québec à l’intérieur du Canada, Legault rétorque qu’il faut plutôt « prendre une position nationaliste[3] ». En effet, puisqu’avant même d’être fédéralistes ou souverainistes, nous dit Legault, les Québécois sont « très majoritairement nationalistes [4]».

Dès sa naissance, le mouvement politique de Legault alimente le paradoxe. D’un coté, il avance la nécessité de réaffirmer un monde commun basé sur l’intérêt de la nation, et de l’autre il revendique le fait qu’il soit impossible pour l’instant de trouver une solution nationale au problème qui porte son nom. Mais alors, comment savoir ce qui est de notre intérêt si on ne peut pas d’abord dire qui l’on est ? Opter pour une position nationaliste ne suppose t-il pas a priori une adhésion commune dans l’acte de faire nation, quant à la nature et la fonction de la nation, et donc au final : à une résolution de la question nationale ? Lire la suite

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La Suède et le multiculturalisme: portrait ethno-religieux d’un pays souvent cité mais trop mal connu.

Sur la question de la religion dans l’espace public, le cas de la Suède se veut un sujet très intéressant, surtout lorsqu’il est comparé à certains pays comme la France. L’immigration plutôt importante a influé plus qu’à sont tour à sur la population et la situation ethnoculturelle de ce pays, notamment en milieu urbain, ou la question du port des signes religieux se veut de plus en plus d’actualité. Cet article a pour but de tracer un portrait sommaire de en ce qui concerne la religion dans la société suédoise. Nous ferons ici appel à plusieurs source, majoritairement médiatiques (journaux, reportages) et également quelques sources statistiques tel que le bureau central de la statistique de Suède (SCB). Nous procéderons tout d’abord à un portrait général de l’immigration en Suède, notamment en ce qui concerne les nouvelles arrivées des dix dernières années. Ensuite, il sera question du portrait religieux du pays ainsi que la question du port des signes ostentatoires dans l’espace public. Finalement, il sera question des problématiques actuelles en Suède qui sont notamment reliés à l’importance grandissante de l’islam au sein de la population en passant par quelques incidents couronnés par une entrée historique de l’extrême droite au parlement suédois.

Portrait de l’immigration en Suède

            La Suède est un pays considéré comme très ouvert à l’immigration et ce, malgré une population relativement restreinte estimée en février 2011 à 9 422 661 habitants[1]. Avant les années 1930, l’émigration était plus forte que l’immigration mais ces données ont changés à partir de cette décennie pour connaître une tendance à la hausse de l’immigration dès la fin de la deuxième guerre mondiale. D’après le bureau central de la statistique en Suède, environ 1,3 millions d’habitants seraient nés à l’extérieur du pays ce qui représente un peu plus de 14% de la population. On compte trois périodes où l’immigration fut plus accentuée depuis la seconde guerre mondiale, soit le début des années 1970, le milieu des années 1990 et la fin des années 2000. 2009 fut une année record pour l’immigration avec 102 280 nouveaux arrivants, chiffre qui sera à la baisse dès 2010.

Depuis les 10 dernières années, le bureau central de la statistique en Suède compte 824 209 nouveaux arrivants provenant de presque la totalité des pays du globe. Parmi ce nombre, plus de 50% proviennent d’un pays d’Europe, notamment certains pays scandinaves tels que la Norvège et le Danemark. S’en suit les immigrants venue d’Asie (30%), d’Afrique (10%), d’Amérique et des Antilles (8%) et puis d’Océanie (environ 1%). Outre les pays d’Europe, les immigrants originaires d’Irak figurent parmi les plus nombreux avec presque 118 000 représentants dont 65 000 arrivés depuis 2000. Parmi ceux-ci, la plupart sont arrivés en Suède entre 2006 et 2008. La ville de Södertälje, au sud-ouest de Stockholm, est d’ailleurs connue pour avoir accueilli à une certaine époque, plus de réfugiés irakiens que le Canada et les États-unis réunis.[2] Toutefois, aucune communauté ethnique ne se démarque du lot de façon très marquée, la plupart des pays étant représentés par les immigrants. Il en va donc de soi que le portrait ethno-religieux de ce pays se soit relativement métamorphosé dans les dernières décennies, ce qui a vraisemblablement ouvert la porte à une laïcisation de l’état dès le début des années 2000. Lire la suite

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