Archives mensuelles : février 2012

Futur Premier ministre en grève

Historiquement, la gauche désigne le parti siégeant à la gauche du président d’assemblée, en opposition au parti à droite, c’est-à-dire le parti au pouvoir. Fort de son état, le parti au pouvoir cherche par tous les moyens à gérer la marchandise, tout en préservant les privilèges que lui accorde la tradition. Le parti d’opposition, quant à lui, n’existe que par la volonté politique de renverser le pouvoir en place pour, à son tour, gérer la marchandise et, chemin faisant, supprimer les privilèges de ses adversaires, quitte à foutre le feu aux domaines et aux écuries s’il le faut. Bien sûr, nous n’en sommes plus là aujourd’hui, mais force nous est de constater que, historiquement, la droite et la gauche sont deux concepts aliénatoires, nés de la révolution de 1789.

La droite et la gauche sont, depuis longtemps déjà, tombées dans les catégories morales. Objet de représentation du monde politique, le plus souvent sous la forme d’un combat idéologique entre un altruisme implicitement chrétien et un utilitarisme libertaire, la vieille dichotomie gauche-droite s’est depuis longtemps essoufflée lorsqu’elle s’est vu dépeindre en blanc et en noir, en rouge et en bleu, en bien et en mal. Il y a bien eu une gauche qui prenait proverbialement le parti du peuple, de ceux qui n’ont que leur force de travail pour eux, c’était, par exemple, les syndicats. Toutefois, au fil du temps, pour s’attirer la sympathie d’un électorat devenue bassin de consommateurs socialement responsables, la gauche a progressivement déserté les piquets de grève pour se lancer à bras le corps à la défense de la veuve et de l’orphelin, ciblant certains problèmes spécifiques parmi la pléthore organiquement constituée. En se portant ainsi à la défense des minorités, la gauche s’est mise à jouer le jeu de la droite.

La découverte de Michel Colucci

Sur cette manifestation du 23 février, on peut dire qu’elle comptait majoritairement des étudiants dans la vingtaine. On dira encore qu’une minorité des étudiants étaient aux deuxième et troisième cycles, que, parmi ceux-ci, une minorité était de sexe masculin, et parmi ceux-là, une minorité portait des lunettes en plastique noir. Je dirais sans mentir que j’ y ai vu tous les visages. J’ai vu des étudiants en travail social, en sexo, en socio, en philo, en éducation, en littérature. J’ai vu des chargés de cours, j’ai vu des chefs syndicaux. J’ai vu des danseurs et j’ai vu des enfants. J’ai même vu Noémie et sa soeur bloquer le pont pour mettre fin à l’éducation patriarcale, et bien que, personnellement, je n’ai que très peu d’affinité idéologique avec le féminisme radical, il m’a semblé qu’elles me ressemblaient. Puis, je me suis alors souvenu de cette phrase du vieux Deleuze : « Celui qui est de gauche, c’est celui qui sait que la minorité c’est tout le monde, et que la majorité c’est personne ».

En octobre 1980, l’humoriste Michel Colucci, dit Coluche, présente officiellement sa candidature à la présidentielle française : « J’appelle les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les noirs, les piétons, les Arabes, les Français, les chevelus, les fous, les travestis, les anciens communistes, les abstentionnistes convaincus, tous ceux qui ne compte pas pour les hommes politiques à voter pour moi, à s’inscrire dans leur mairie et à colporter la nouvelle ». En relisant son texte, Coluche comprend que, croyant écrire pour les marginaux, il écrit pour tout le monde et que, malgré l’intention liminaire volontairement bouffonne de cette catégorisation partielle où il aligne tous ces mots dans la même phrase, ce qu’il s’apprête à publier n’est autre chose que ce qu’il faut appeler, de manière formelle, un authentique appel à la nation.

Le futur premier ministre est en grève

Lors de la manifestation du 23 février, j’ai vu le futur Premier ministre en grève. Il était grand et petit, de même, il était gros et maigre. Il sautait et dansait et, à la fois, il marchait tranquillement. Je l’ai vu brandir sa pancarte tout en n’en bandissant aucune; je l’ai vu photographe et sujet des photographies. Il était là. Un futur Premier ministre, ça ne passe pas inaperçu, même au millieu d’une masse humaine de taille considérable en mouvement dans la ville. Tout le monde l’a vu ce jour-là. Tout le monde l’a vu sauf Noémie et sa soeur, et quelques autres de leurs amies. Ce qu’elles ont vu, elles, c’est une future Première ministre en grève. Qu’à cela ne tienne, moi aussi je l’ai vu.

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C’est beau !

La grève, ce n’est pas seulement prendre le fait de prendre son bain le matin, ça reste une temporalité d’apprentissage ! Cet apprentissage ne se fait plus par le biais des cours mais par le biais des actions. Si nous avons un faible pour le théâtre, c’est l’occasion de faire un flash mob ! Si nous avons un faible pour la musique, c’est l’occasion de créer une chorale de grève ! C’est aussi l’occasion parfaite pour se trouver des gens motivés avec qui agir. La grève, c’est l’occasion d’apprendre concrètement, de plonger dans le monde et de se serrer la main.

Si vous vous intéressez aux projets artistiques en vigueur, voici le site du R.A.T.S. (rassemblement des artistes très sensibilisés), qui fait le compte des évènements de la semaine: http://lerats2012.wordpress.com/semaine-3/

http://boiterouge.net/ Si vous voulez couvrir un évènement par vidéo

http://fermaille.com/ Revue littéraire gréviste

http://ecolemontagnerouge.com/ Mouvement de l’école de design

http://www.mouvementetudiant.info/ Site web regroupant l’actualité du mouvement étudiant

Plus, une marche à pied jusque Québec, des rendez-vous en rouge dans des endroits publiques, des soirées d’Université populaire ( voir http://upopqc.wordpress.com/ ), etc.
Nous sommes beaux et motivés à agir !

Un étudiant, c’est chaleureux, plein d’espoir, d’amour et de richesses. Lâchez pas la patate, il nous faut manger !

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La parèdre ne chôme pas durant la grève!

La Grève générale illimitée ne se résume pas, heureusement pour nos esprits, malheureusement pour nos corps, en une série de congés et de grasses matinées. Étant majoritairement tous du département de sciences des religions à l’UQAM, nous nous sommes amusés à nous prononcer sur la hausse des frais de scolarité avec l’humour qui nous est reconnu (ou du moins, dans l’esprit de notre communauté grandissante).

Le thème récurrent fut «On l’a […] pour moins que ça », utilisant quelques figures religieuses (mythologique ou historique).

J’en profite pour vous laisser quelques images de nos membres bravant la pluie, la neige, et possiblement le pont Jacques-Cartier (selon TVA).

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Bâtissons une université populaire de grève et prenons en charge nos communications!

Bonjour à tous et à toutes,

Par le biais de ce message, nous souhaitons vous faire part d’un projet enthousiasmant et  rassembleur pour le mouvement étudiant : nous souhaitons fonder, avec vous, un espace d’échange sous la forme d’une université populaire. À l’heure actuelle, ce que nous proposons est de demander à des professeur(e)s et à des étudiant(e)s issu(e)s de disciplines variées à se prononcer sur les enjeux sociaux qui secouent présentement la communauté étudiante, mais aussi le Québec en entier. Certains d’entres eux nous ont déjà signifié leur intérêt, mentionnant au passage que plusieurs de leurs collègues partageraient sans doute leur adhésion à une université populaire.

Ultimement, nous aimerions que les présentations soient filmées/enregistrées, puis diffusées (avec l’accord des participants). Dans la sphère des communications, le mouvement étudiant ne se bat pas à armes égales avec le gouvernement et les intérêts privés. Nous ne devons pas attendre de traitement de faveur de la part de Gesca et de QMI : il est de notre responsabilité de prendre en main nos communications en partageant, entre autres, des discours inspirants. Nous avons les moyens de nos ambitions : il n’en tient qu’à nous d’en faire bon usage!

Si cette proposition vous interpelle, nous vous invitons à la propager autour de vous et à communiquer avec nous.

Nous vous remercions pour l’intérêt que vous portez à la création de l’université populaire.

Au plaisir d’avoir de vos nouvelles très bientôt,
L’Association des étudiants et étudiantes en sciences des religions de l’UQAM

upopgreve@gmail.com

http://www.facebook.com/groups/195242060575349/

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La Suède et le multiculturalisme: portrait ethno-religieux d’un pays souvent cité mais trop mal connu.

Sur la question de la religion dans l’espace public, le cas de la Suède se veut un sujet très intéressant, surtout lorsqu’il est comparé à certains pays comme la France. L’immigration plutôt importante a influé plus qu’à sont tour à sur la population et la situation ethnoculturelle de ce pays, notamment en milieu urbain, ou la question du port des signes religieux se veut de plus en plus d’actualité. Cet article a pour but de tracer un portrait sommaire de en ce qui concerne la religion dans la société suédoise. Nous ferons ici appel à plusieurs source, majoritairement médiatiques (journaux, reportages) et également quelques sources statistiques tel que le bureau central de la statistique de Suède (SCB). Nous procéderons tout d’abord à un portrait général de l’immigration en Suède, notamment en ce qui concerne les nouvelles arrivées des dix dernières années. Ensuite, il sera question du portrait religieux du pays ainsi que la question du port des signes ostentatoires dans l’espace public. Finalement, il sera question des problématiques actuelles en Suède qui sont notamment reliés à l’importance grandissante de l’islam au sein de la population en passant par quelques incidents couronnés par une entrée historique de l’extrême droite au parlement suédois.

Portrait de l’immigration en Suède

            La Suède est un pays considéré comme très ouvert à l’immigration et ce, malgré une population relativement restreinte estimée en février 2011 à 9 422 661 habitants[1]. Avant les années 1930, l’émigration était plus forte que l’immigration mais ces données ont changés à partir de cette décennie pour connaître une tendance à la hausse de l’immigration dès la fin de la deuxième guerre mondiale. D’après le bureau central de la statistique en Suède, environ 1,3 millions d’habitants seraient nés à l’extérieur du pays ce qui représente un peu plus de 14% de la population. On compte trois périodes où l’immigration fut plus accentuée depuis la seconde guerre mondiale, soit le début des années 1970, le milieu des années 1990 et la fin des années 2000. 2009 fut une année record pour l’immigration avec 102 280 nouveaux arrivants, chiffre qui sera à la baisse dès 2010.

Depuis les 10 dernières années, le bureau central de la statistique en Suède compte 824 209 nouveaux arrivants provenant de presque la totalité des pays du globe. Parmi ce nombre, plus de 50% proviennent d’un pays d’Europe, notamment certains pays scandinaves tels que la Norvège et le Danemark. S’en suit les immigrants venue d’Asie (30%), d’Afrique (10%), d’Amérique et des Antilles (8%) et puis d’Océanie (environ 1%). Outre les pays d’Europe, les immigrants originaires d’Irak figurent parmi les plus nombreux avec presque 118 000 représentants dont 65 000 arrivés depuis 2000. Parmi ceux-ci, la plupart sont arrivés en Suède entre 2006 et 2008. La ville de Södertälje, au sud-ouest de Stockholm, est d’ailleurs connue pour avoir accueilli à une certaine époque, plus de réfugiés irakiens que le Canada et les États-unis réunis.[2] Toutefois, aucune communauté ethnique ne se démarque du lot de façon très marquée, la plupart des pays étant représentés par les immigrants. Il en va donc de soi que le portrait ethno-religieux de ce pays se soit relativement métamorphosé dans les dernières décennies, ce qui a vraisemblablement ouvert la porte à une laïcisation de l’état dès le début des années 2000. Lire la suite

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La communauté étudiante d’ici, l’une des plus méprisées de la planète.

Cette lettre est une réponse au billet du 17 février 2012 de Normand Lester : La petite bourgeoisie d’ici, l’une des plus fainéantes de la planète.

M. Lester,

Suite à la lecture de votre éditorial, je me suis sérieusement demandé si celui-ci méritait une réponse. Hormis l’élaboration d’un portrait grossier de la communauté étudiante, teinté de jugements de valeurs et d’attaques ad hominem, on y retrouve bien peu de substance. En d’autres circonstances, j’aurais sans mal pu accueillir votre missive dans une parfaite indifférence. Nous n’aurions pas assez d’une vie pour répondre à tous les brulots haineux qui circulent sur la toile! Or, dans ce cas précis, je ne pouvais pas me taire, simplement parce que l’auteur de ce brulot haineux, c’était vous.

Si vous permettez, je souhaite faire ici un saut dans le passé. Il y a dix ans presque jour pour jour, le 15 février 2001, je me trouvais au Pied-du-courant avec une poignée de militants nationalistes pour commémorer la pendaison de cinq patriotes. J’avais à peine 17 ans et j’étais habité par des illusions grandioses, cela va de soi. Notre troupe peu nombreuse, frigorifiée, certes, mais passionnée s’est mise en marche dans la bonne humeur vers l’ouest, entonnant des chansons et brandissant des drapeaux tricolores. Bien sûr, nous sommes prestement arrivés devant la tour de Radio-Canada.

Deux mois auparavant, la suspension de vos fonctions à la télévision d’état avait scandalisé un large pan de la population québécoise. Étant alors un adolescent farouchement militant et avide d’informations, j’avais suivi ce dossier avec grande attention. Vous étiez alors pour moi un modèle d’intégrité journalistique, de courage et de rectitude face à vos convictions. Les modèles souverainistes positifs, en 2001, se faisaient rares. C’est pour cette raison que, devant la grande tour de Radio-Canada, du haut de mes 17 ans, je me suis arrêté et je me suis mis à scander innocemment votre nom. Un de mes potes, trouvant la chose cocasse, fit la même chose. Bien vite, toute la marche fit halte pour signifier leur solidarité envers vous. Vos publications autant que votre démission constituaient des symboles forts, fédérateurs si je puis me permettre.

En mon sens, votre renommée repose sur la rigueur de votre travail journalistique (thèses étayées par des faits, traitement de sujets aussi négligés que nécessaires pour la société québécoise, protection de vos sources, etc.). Toutefois, quand j’ai lu La petite bourgeoisie d’ici […], je ne vous ai pas reconnu. Ce texte n’est pas digne de vous. Lire la suite

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Activité de la semaine du 20 février

Comme vous le savez tous, nous sommes en grève depuis maintenant près d’une semaine. C’est le temps pour nous, étudiants, de revendiquer, de s’impliquer, de faire changer les choses. Toutefois, pour ce faire, il ne faut pas rester chez soi à manger des cheetos ou à lire un ouvrage savant d’un auteur inconnu ( oui oui, c’est à toi l’hipster académique que je m’adresse ! ). NON, il faut venir à l’école encore plus souvent que lorsque nous avons des cours. Nous devons nous investir dans cette lutte grève. À toutes les semaines, et pendant la semaine si des activités se rajoutent, je vais partager les informations à propos de ces activités syndico-étudiante qui peuplent nos jours.

Donc, semaine du 20 février :

Lundi 20 février : Manifestation régionale de déclenchement

Où : Carré Berri        Quand : de 16 h à 19 h

Information supplémentaire : https://www.facebook.com/events/358073844211235/

Mardi 21 février : préparation de banderoles et de pancartes

Où : Local de l’Asso (A-2515)     Quand : de 14h30 à quand on va avoir fini

Information supplémentaire : Nous comptons être plus visible lors de la manifestation nationale du 23 février à Montréal. Ceci passe par une banderole et des pancartes que nous devons fabriquer.

Mercredi 22 février : TRAVAIL SOCIAL EN GRÈVE! TRAVAIL SOCIAL EN MOUVEMENT!

(Activité organisée par les étudiantes et étudiants en travail social)

Quoi : Un panel de discussion sur le rôle de l’université dans la société  et analyser ensemble les différentes visions de l’éducation qui s’affrontent dans le contexte actuel.

Où : A-2885       Quand : de 10h à 12h30

Information supplémentaire : aedcts@uqam.ca

Jeudi 23 février : Manifestation nationale

Où : départ au square Philips       Quand : de 13h à 16h  (MODIFIÉ MARDI À 15H30)

Information supplémentaire : https://www.facebook.com/events/235413189879496/

Vendredi 24 février : Libre pour organiser quelque chose !

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C’est parti!

Le blog de l’AESR est enfin lancé! Quelques changements d’ordre esthétique seront sans doute apportés au cours des prochains jours, mais la structure demeurera approximativement la même. Ceci étant dit, nous invitons chaleureusement tous les gens rattachés au département de sciences des religions à s’inscrire à titre d’auteur(e) afin de contribuer à la richesse des échanges. Certains d’entre vous ont déjà reçu une invitation à cet égard, mais si ce n’est pas le cas pour vous, vous pouvez nous signifier votre intérêt par courriel à l’adresse suivante : aesruqam@gmail.com.

Que devons-nous attendre de La Petite Parèdre? Nous pensons qu’il s’agit d’une plateforme idéale pour partager nos intérêts, nos découvertes et, surtout, notre passion pour notre objet d’étude. Nous espérons  cependant que les échanges ne seront pas exclusivement de nature académique : nous souhaitons ardemment que le blog soit le reflet de la diversité de notre communauté étudiante autant à l’intérieur qu’à l’extérieur des murs de l’université.

De plus, dans un contexte de grève générale illimitée, nous pensons qu’il est essentiel d’avoir une voix dans le conflit opposant le gouvernement aux étudiants. L’AESR tiendra ses membres au courant des développements de la GGI par le biais du blog.

Au plaisir de vous lire!

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Aux couleurs de l’athée indien (sur un air connu)


Basava PremanandIntroduction

Au cours de ce travail, nous nous intéresserons à l’apparition de courants de pensées athées et matérialistes en Inde ainsi qu’à leur récupération par des groupes rationalistes contemporains. Une multitude de facteurs rendent l’étude de l’incarnation ancienne de ce type de mouvement particulièrement ardue, mais nous estimons que l’évocation de ces défis puisse faciliter la compréhension de notre objet de recherche. C’est pour cette raison que nous avons choisi d’amorcer notre réflexion par l’énumération de ces difficultés.

Nous poursuivrons à partir de cette base en dressant un portrait général, nécessairement incomplet, de l’école lokayata/carvaka[1] qui proposait notamment l’inexistence de vie après la mort et l’inefficacité absolue des rituels (qu’ils soient brahmaniques ou non).  Nous tenterons de démontrer à quel point ce système est semblable à l’empirisme britannique qui est apparu plus d’un millénaire plus tard. À cette notion, nous grefferons aussi la similitude que l’on observe entre les critiques de l’athéisme indien ancien et celles dirigées vers l’athéisme moderne.

Nous terminerons notre exposé en donnant quelques exemples de groupes rationalistes indiens contemporains qui attribuent la paternité de leur mode de pensée aux loakayata/carvaka plutôt qu’à Hume, Locke ou Popper, par exemple. Nous pensons qu’en situant la naissance de l’athéisme matérialiste en Inde (ce qui est vraisemblablement exact), ceux-ci octroient à leur philosophie une dimension nationale et ancienne qui la rend plus séduisante aux yeux de leurs compatriotes. Lire la suite

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Tu es nabot et tu retourneras nabot : Fluctuation de l’opinion publique par rapport à Napoléon Bonaparte dans « La guerre et la paix »

Introduction

Dans le cadre de ce travail, nous traiterons essentiellement des fluctuations de l’opinion qu’entretenaient des individus et des groupes d’intérêts envers le personnage de Napoléon dans le roman La guerre et la paix. Bien que cet ouvrage soit indéniablement dense et riche en détails divers, nous estimons que la philosophie promue par son auteur y est omniprésente. Ce faisant, il n’est pas particulièrement ardu de la cerner et d’identifier les indices qui révèlent sa nature.

En notre sens, la pensée de Tolstoï à l’époque de la rédaction de La guerre et la paix peut se résumer ainsi : la plupart des individus sont fascinés par leur propre existence et les événements survenant en périphérie de leur destin font seulement sens lorsqu’ils sont filtrés par le prisme de celui-ci – cette notion permettrait aux gens d’accorder une importance démesurée à l’influence de leurs actions sur le cours de l’Univers (Tolstoï, 1893). Or, pour Tolstoï, cette position est intenable lorsqu’on l’examine objectivement à la lumière du déroulement de l’Histoire. À l’aide d’exemples tirés du quotidien des personnages, de spéculations philosophiques sur le libre-arbitre ainsi que d’analyses historico-critiques des succès comme des défaites des armées de Napoléon et d’Alexandre, l’auteur soumet un cadre alternatif d’évaluation du bien et du mal.

Dans cette optique, il nous a paru particulièrement pertinent de nous intéresser à la figure de Napoléon en tant qu’incarnation du mal puisqu’il est clair pour nous que la haine ou l’admiration que peuvent lui porter les différentes factions présentes dans le roman ne sont absolument pas corolaires aux actions de l’Empereur prises isolément, qu’elles soient « bonnes » ou « mauvaises ». Ce qui conditionne invariablement l’opinion sur Bonaparte est la comparaison de ses actions – réelles ou présumées – avec les valeurs et les aspirations entretenues par les différents personnages peuplant l’œuvre de Tolstoï. À cela, nous pourrions rajouter qu’à ces préoccupations personnelles se juxtaposent immanquablement les positions prétendument tenues par un groupe de pairs dont l’influence peut être jugée bénéfique par un individu donné et auquel celui-ci pourrait souhaiter s’identifier. C’est en se soustrayant à ce mode de pensée et en reconnaissant la modestie de leur empreinte sur le monde que les personnages deviennent capables d’indifférence face à Napoléon, à la guerre, au Siècle (Tolstoï, 1893). Lire la suite

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