Chronique de la haine ordinaire

Message à mon ami conférencier et globe-trotter

Ce billet est une version commentée du texte d’humeur « MESSAGE À MES AMIS MUSULMANS » publié dans La Presse à cette adresse : http://plus.lapresse.ca/screens/498e-ac00-5227b112-b2ea-153eac1c606d%7COffzD4LRfObF

 

À la lecture des commentaires émis dans les journaux ou les réseaux sociaux, je crois que vous, mes amis musulmans, semblez avoir de la difficulté à comprendre le peuple québécois qui est non seulement en faveur de la charte de la laïcité, mais qui y tient mordicus.

Le fait que vous assistiez au déchirage de chemise de deux pelés et un tondu sur un obscur fil de commentaires dans le but d’en tirer une profonde sagesse témoigne de votre crédulité.

 

Selon plusieurs d’entre vous et aussi quelques bien-pensants québécois, vous nous percevez comme un peuple xénophobe, à la limite raciste, alors que c’est totalement faux.

Vous vous défendez d’être xénophobe, mais vous n’arrivez pas à inclure les musulmans parmi les Québécois (vous ET aussi […]). J’ignore si vous me classez dans la catégorie des bien-pensants , mais le peuple Québécois n’est pour moi ni plus ni moins con qu’un autre peuple. Il est constitué de génies, d’imbéciles, de lâches, de braves…il n’est pas homogène, pas plus que les idées qu’il fait vivre.

 

J’aimerais vous amener à réfléchir à quelques points qui pourraient nous rapprocher et vous aider à comprendre notre réaction vis-à-vis votre présence en sol québécois.

Quand on tend une perche, il est de bon usage de s’assurer qu’il ne s’agisse pas d’une branche de rosier…

 

Pour avoir visité le Moyen-Orient et presque tous les pays musulmans, je pense que vous serez d’accord avec moi que le Canada (incluant bien entendu le Québec) est, comparativement à votre pays d’origine, une des nations les plus pacifiques au monde. Souvenez-vous que les Casques bleus sont une création canadienne.

Le peuple québécois déteste la chicane et la confrontation. Il aime la paix. Il peut faire des concessions, mais pas n’importe lesquelles.

C’est-à-dire celles que vous avez choisies arbitrairement?

 

Le Québec a été sous l’emprise de l’Église catholique pendant 400 ans. J’exagère à peine en disant que l’Église était pour nous l’équivalent des talibans chez vous.

À peine? Vous êtes trop modeste. Le curé Labelle maniait pourtant le lance-roquette avec une dextérité peu commune.

Tout comme vos extrémistes islamistes, on nous obligeait à aller prier à l’église sous peine de brûler en enfer. L’alcool était fortement déconseillé, la musique et les films faisaient l’objet de censure.

…comme virtuellement partout ailleurs en Occident à l’époque. Chez les Talibans, nul besoin de censure, puisqu’il n’y a pas de films.

Si les jeunes femmes avaient des relations sexuelles avant le mariage, elles se faisaient renier par leurs parents et étaient jetées à la rue. On leur arrachait leurs enfants des bras pour les confier à des orphelinats dirigés par… l’Église. Pendants (sic) ce temps, des religieux abusaient des petits enfants à l’orphelinat ou à l’école.

Certes…TOUTES les filles-mères étaient jetées à la rue, TOUS les religieux abusaient des petits enfants et AUCUN enseignant laïque ne ferait une chose pareille. Oh, vous n’avez pas insinué ça? Bien sûr que non. Moi non plus.

 

Il a fallu 400 ans au peuple québécois pour briser cette domination et rejeter ces dogmes et croyances ridicules.

Briser la domination de l’Église était probablement le cadet des soucis des immigrants Français du 16e siècle. Survivre, par contre, était un objectif fort légitime. Comme disait Péloquin, la seule révolution, c’est le combat contre la mort.

Croyez-vous que nous allons laisser une autre religion entrer dans nos vies et dans l’espace public ?

Oui. C’est précisément ce que l’on a fait depuis que l’on accueille des immigrants qui ne sont pas athées. Ils s’installent ici avec leur famille, ils se trouvent du travail (souvent grossièrement mal payé pour leurs compétences), envoient leurs enfants à l’école, voyagent dans différentes régions du Québec et finissent souvent par aimer le hockey. Et ça croit en Dieu par-dessus le marché! Quel psychodrame…

Croyez-vous sincèrement que je suis à l’aise quand l’enseignante de ma petite fille porte un voile pour lui démontrer de manière sans équivoque sa croyance religieuse : «  Tu vois moi, je suis meilleure que toi, je pratique ma religion ».

Depuis le début de votre texte, j’ai l’impression que vous dites : « Tu vois, je suis meilleur que toi, je ne pratique pas de religion ».

Et comment pensez-vous que je vais réagir quand on lui imposera la nourriture halal au CPE ou à l’école?

Je ne sais pas…Vous allez exploser de rage? La valeur nutritive n’est pas corolaire à la teneur en foi. Je préfère de loin le couscous au poulet halal à une plotée de Kraft Dinner laïque.

 

Nous sommes maintenant un peuple libre, libéré de la religion.

HAHAHAHAHAHA!!! Oui, athée et libre de se faire voler l’île d’Anticosti. Libre de payer 30% trop cher tous nos travaux de voirie. Libre de creuser l’écart entre les riches et les pauvres. Comme c’est bon d’être enfin libre!

Noyé dans une mer de 375 millions de Nord-Américains qui parlent l’anglais, le peuple québécois est fier de dire, encore aujourd’hui, qu’il a conservé sa langue et sa culture. S’il faut se battre encore 400 ans pour avoir un Québec laïc, libéré de toute religion, nous nous battrons.

400 ans? Vous êtes bien optimiste…Chantal Lacroix et un pur charlatan branlaient une table à heure de grande écoute jusqu’à tout récemment et vous prétendez qu’il n’y a plus de religion au Québec?

Les Québécois ne se laisseront jamais imposer une culture ou croyance qui va à l’encontre de leurs valeurs.

254 ans de domination britannique et deux référendums perdus, c’est du poulet? Arrêtez de bluffer et mettez cartes sur table. Bâtissons notre histoire collective sur du concret, pas sur le dos d’une chimère! C’est une démonstration de force que d’admettre ses erreurs et d’en tirer des leçons, et une démonstration de faiblesse que de s’enfouir la tête dans le sable.

De là la nécessité de la Charte des valeurs québécoises.

À qui le dites-vous! Nous n’en dormions plus la nuit tant le spectacle grotesque des milliers de femmes en burqa qui travaillent dans la fonction publique nous était déplaisant. Il était impératif d’en faire l’unique préoccupation de l’État.

 

Alors, je vous tends la main, je vous demande à vous, mes amis musulmans, de vous joindre aux autres immigrants, italiens, chinois, grecs, vietnamiens, latino-américains, qui pratiquent eux aussi leur religion, mais discrètement à la maison. Pourquoi est-ce si facile pour eux et pas pour vous ?

Mais qui diable sont vos prétendus amis musulmans? Vous faites des promenades en mobylette avec le Mollah Omar? Fréquentez-vous la branche salafiste du Club Optimiste? Enfin…certains musulmans sont pratiquants, d’autres pas. Certains sont moralement libéraux, d’autres sont plus conservateurs. Ils ont leurs fous dangereux comme nous avons les nôtres. Avez-vous échafaudé une hiérarchie des peuples allant des meilleurs aux pires, aussi?

 

Pour beaucoup d’entre vous, vous avez quitté un pays en guerre, le Québec vous offre un pays d’accueil, de paix, sans guerre et sans conflit. Un pays où tout est possible. Il suffit de faire comme les autres immigrants et de vous intégrer au Québec. Vous avez tout à gagner.

Le secret du succès? Arrêtez de croire en ce qui vous est cher, acceptez sans broncher la perception fantaisiste qu’ont de vous d’anciens catholiques plus complexés que repentis et faites comme tout le monde. Mais qu’est-ce ça fait, tout le monde? On verra. L’essence de ce qu’est la québecité sera soigneusement consignée dans une charte à laquelle tous pourront s’instruire…jusqu’à ce qu’elle soit tablettée et oubliée afin de laisser place à un autre subterfuge pour gagner d’autres élections.

De toute façon, à la vitesse à laquelle Québec coupe dans la fonction publique, cette charte ne s’appliquera bientôt plus à personne. Vous pouvez dormir tranquille, mon ami.

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M. Bouchard, nous ne dormons pas au gaz

M. Bouchard,

L’entretien que vous avez accordé à La Presse le 15 septembre 2012 n’a pas manqué de m’interpeller, à défaut de me surprendre. Je ne vous cache pas que vos propos me lassent, ayant sur moi l’effet d’un disque enrayé qui renvoie invariablement l’aiguille au début d’un vieux refrain.

Au cours de l’entrevue, vous avez abordé entre autres les thèmes de la jeunesse, de l’implication politique et de la souveraineté. Je me concentrerai ici exclusivement sur ces thèmes.

Qu’est-ce donc que la jeunesse, M. Bouchard? Je constate que vous utilisez ce terme à la fois pour désigner une idéologie et un groupe d’âge aux frontières floues. L’usage d’un mot pour désigner simultanément plusieurs concepts distincts est une arme de choix dans l’arsenal du démagogue. Schopenhauer est sans doute un de ces grands penseurs que vous avez lu.

Si l’on prend pour point de départ les définitions contradictoires que vous appliquez au terme « jeunesse », je prétends que la « jeunesse » a été évincée de la politique et qu’il est tout à fait normal qu’elle se tourne vers d’autres canaux d’expression pour se faire entendre. En mon sens, cette marginalisation a pour causes principales la démographie et notre mode de scrutin.

Le vieillissement de la population Québécoise (thème que vous avez abordé jusqu’à plus-soif dans le manifeste des Lucides) est, cela va de soi, un phénomène bien réel qui touche toutes les sphères de notre société. Comme les jeunes sont moins nombreux que les vieux, les grands partis sont énormément plus enclins, pour des motifs électoralistes, à offrir des largesses souvent illusoires, malhonnêtes et contre-productives aux aînés plutôt qu’aux étudiants et aux jeunes professionnels. Dans notre écosystème politique actuel, les 0-25 servent plus souvent de figurants sur des photos de campagne que de préoccupation nationale. [n.d.a. J’ai moi même quitté la politique active quand le PQ a échangé les pouvoirs de SPQLibre pour une ceinture fléchée et une guimbarde.]

Or, si le Québec décidait de troquer son mode de scrutin datant du 19e siècle pour un système moderne, je suis persuadé que la jeunesse réintégrerait massivement la sphère politique puisqu’elle y aurait une voix effective. Je doute que les jeunes investiraient à nouveau les grands partis qui ne veulent souvent d’eux que lorsqu’ils ont des pancartes à poser, mais ils militeraient sûrement au sein de différents petits partis dont le programme correspond plus fidèlement à leurs aspirations. Ce nouvel activisme politique ne manquerait pas non plus d’influencer positivement l’attitude des grands partis envers la population autant qu’envers leurs collègues. Devant une pluralité marquée des points de vue, il serait nécessaire de faire des concessions.

Le retour d’un engagement clair envers ou contre la souveraineté ferait partie, d’après moi, de ces concessions. Parce que les jeunes souverainistes, M. Bouchard, eh bien ils existent encore, merci beaucoup. La plupart rejette en bloc (no pun intended) le séparatisme carburant à la Survivance et au repli identitaire. Je suis cependant certain qu’une option nationale (poum poum tsssssh!) inclusive et fermement orientée vers l’avenir constitue ce projet collectif rassembleur que vous n’arrivez pas à trouver. L’attentisme est la pire des solutions. Il faut abondamment parler de nos rêves dès notre réveil, sans quoi on les oublie.

Je vous souhaite bonne chance dans vos projets de développement gazier. Vous en aurez besoin. Pendant ce temps, la jeunesse va travailler à électrifier son système de transport, à nationaliser ses ressources naturelles et à se bâtir un pays inclusif et solidaire. On en a un projet de société, mais vous avez trop de pétrole dans les yeux pour le voir.

Meilleures salutations,

Un « jeune » (peu importe ce que cela veut dire)

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Opération « Risée Frisée »

Jean Charest a pris une décision qui sera lourde de conséquences aujourd’hui : il croit désormais qu’il est de bon ton de rire du peuple québécois avec la mafia qui lui a acheté ses élections.

Étant un escroc très habile, Charest sait que l’humour est une arme politique redoutable. Le hic, c’est que personne ne trouve ça drôle, sinon la pègre qui finance le parti libéral.

Puisque Jean Charest rit de nous, rions de Jean Charest.

Rions de lui en toute occasion, pour n’importe quelle raison. Rions de lui tout le temps, sur toutes les tribunes, sans le moindre discernement. Rions de lui jusqu’à la fin de son mandat, rions de lui pendant les prochaines élections, rions de lui quand il les perdra. Quand la commission Charbonneau l’éclaboussera, Charest entendra le terrible ricanement populaire qui le suivra comme un acouphène.

Je propose au mouvement étudiant de mettre à profit les trésors de créativité et d’irrévérence qui l’animent pour se foutre royalement de la gueule du premier ministre actuel. Caricatures, vidéos, chansons, affiches, memes, sketchs…n’importe quoi, n’importe quand, n’importe comment.

Jean Charest n’a pas de problème avec l’humour vulgaire ciblant des ennemis politiques? Prouvons-lui qu’on peut, nous aussi, être drôle en tabarnac.

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Martineau, Lagacé et le chat de Schrödinger

Je ne comprends rien à la physique quantique. Parlez-moi d’intrication ou de dualité onde-particule, mes yeux se mettront à loucher et mon corps produira des microdémangeaisons que le premier synérgologue venue saura traduire par un subtil malaise qui m’englobe tout entier. On aura beau m’expliquer quarante fois la fameuse expérience d’ Erwin Schrödinger, je ne comprends pas pourquoi le satané chat est à la fois mort et vivant, suivant le principe des états superposés. Mon père me l’a déjà expliqué, je peux donc aussi l’expliquer, mais je ne comprends toujours pas. Même la physique classique me paraît parfois insaisissable.

Les gens, en général, s’entendent pour dire que la physique c’est pour les physiciens. Bien comprendre la théorie de la relativité restreinte implique au minimum qu’on soit au faite des travaux d’Einstein et de Point-Carré. Chose étrange, quand il s’agit de politique, c’est une tout autre histoire. Il semblerait que le fait de suivre la politique dans les journaux et à la télé soit suffisant pour émettre des propos sérieux et réfléchis sur la chose politique. Je dois cependant mettre un bémol à cette idée reçue: s’il faut reconnaître qu’il s’agit d’une condition nécessaire, il faut avoir l’honnêteté de dire que ce n’est pas une condition suffisante. On a tendance à oublier qu’un professeur de philosophie c’est quelqu’un qui a passé une sacrée bonne partie de sa vie à lire les philosophes et à jouer avec les concepts, qu’un historien connaît l’histoire et qu’un sociologue comprend mieux que n’importe qui les dynamiques de groupes restreints et la nature des actions coercitives que la société exerce sur les consciences individuelles. Pour l’agrégé de science-po, il n’en va pas autrement.

Depuis la république de Platon, beaucoup sont ceux qui ont tenté de comprendre ce que sont la cité, la citoyenneté, le bien commun, la tyrannie, la démocratie, le pouvoir, le peuple, la justice, les lois. De grands esprits ont écrit de grands livres, mais à une époque où l’on place ses parents en centre pour personnes âgées, peut-on s’attendre à ce que l’on s’intéresse à ce que Hegel a pu écrire sur le droit, et à ce que Toqueville avait à dire sur la démocratie? Je pense sérieusement qu’il y a quelque chose qui cloche dans une société quand les forces policières investissent les campus pour menotter un vieux prof. Comme le disait Paul Desalmand « On a toujours brûlé des livres. Et, généralement, on n’a pas tardé ensuite à brûler des êtres humains ». N’allez pas croire que je crie au fascisme, mais force m’est de reconnaître que l’éducation et la tolérance n’ont jamais été dans les bonnes grâces des régimes totalitaires. On pourra bien me traiter d’élitiste, je persiste à croire que tout le monde gagnerait à s’instruire auprès des instruits.

J’aimerais lire un chroniqueur qui sache nous faire rire et nous divertir en écrivant sur son voisin, sur ses bas sales, sur ses chicanes de couple ou, comme Foglia, sur un bon livre ou sur les souvenirs de jeunesse que lui procure sa tasse de thé. Lorsqu’on lui demanderait pourquoi il n’écrit pas sur les phénomènes relevant de la sociopolitique, il dirait avec la franchise de l’homme humble: « mon opinion ne vaut pas mieux que la vôtre, allez à l’université, discutez avec les gens, vous aurez des réponses à vos interrogations ».

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En grève jusqu’à la découverte de l’Atlantide

Hier, j’assistais à ma première assemblée générale de l’AFESH. Je sais, je sais… « T’aurais dû y aller avant », « ça nous concerne tous », « putain de réformiste », alouette. En vérité, je me suis surtout impliqué au niveau de mon département depuis le début de mon bac, ne voyant pas trop ce que j’aurais été foutre à la séance d’expression corporelle légendaire de mon association facultaire. 24 heures après la levée de l’assemblée, je me pose toujours la question.

Comme certains d’entre vous le savent, je caressais le projet de soumettre une proposition visant à précipiter la chute du gouvernement Charest tout en favorisant une résolution rapide du conflit (je vous invite à consulter la version va-comme-je-te-pousse ici et la version formelle ici). Comme le disais François Pignon, j’ai fait la boulette. Ma proposition ne fut pas battue, c’est bien pire : je ne l’ai pas présenté.

Je me suis fait avoir comme le débutant que j’étais et le blâme me revient entièrement. J’ai pris pour acquis, allez savoir pourquoi, que ce type de rassemblement était régi par une certaine forme d’étiquette, une entente tacite de savoir-proposer et de savoir-écouter qui garantissait à tous le loisir de se prononcer dans le respect du nombre (i.e. « J’ai dit ce que j’avais à dire et les gens comprennent ma position. Comme je n’ai rien d’intéressant à rajouter, je vais me taire et laisser mes pairs se prononcer »).Pourtant, alors que la masse hébétée dont je faisais résolument partie écoutait, médusée, la propagande moralisatrice qu’on lui forçait de se taper avant de pouvoir voter, une petite brigade d’émotifs saltimbanques verbomoteurs qui, eux, contrairement aux autres je suppose, « ont des rêves », guidait habilement le débat vers l’adoption nécessaire d’un mandat de grève jusqu’à l’obtention de la gratuité scolaire. De la gratuité scolaire.

Allez savoir comment, ça a marché.

Dans ce contexte, après une décision aussi étrange, aussi anti-pragmatique et politiquement suicidaire, je trouvais complètement incohérent de rajouter « ou jusqu’au déclenchement des élections » à la proposition de maintien de la grève. Proposer une issue politique au conflit ne se défend, d’après moi, que lorsqu’on se montre ferme dans nos revendications économiques, pas quand on les remplace par la position de la ligue crypto-bakouniniste de Saint-Alphonse-de-Rodriguez. Camarades gratuitistes de combat, vous êtes désormais, avec les firmes de génie-conseil et Power Corp, les meilleurs alliés de Jean Charest pour la prochaine campagne électorale. Chapeau bas!

Pourtant, sachez que je suis totalement en faveur de la gratuité scolaire. Inconditionnellement! Je suis également résolument pour le maintien de la grève. N’empêche, je suis d’abord et avant tout en faveur de la victoire et d’une résolution aussi rapide que satisfaisante du conflit. Je maintiens que nous ne pourrons jamais faire le moindre gain en dialoguant avec le gouvernement actuel et que la meilleure option qui s’offre à nous est de le faire tomber.

Alors, pour revenir à cette proposition, j’ai fait le choix de ne pas la présenter sous forme d’amendement, mais plutôt de la présenter dans une version édulcorée où le déclanchement des élections menait à un vote de non-reconduction de la grève et non à un retour en classe automatique. Dans cette forme, ma proposition n’avait peut-être plus le mordant de l’originale, mais elle pouvait, sait-on, faire son chemin quand même. Résolu, j’ai attendu. Et attendu. Les propositions, amendements et sous-amendements ce sont lentement écoulés comme des gouttes d’eau qui, au fil des heures, ont commencé à me fendre le crâne. J’avais mal à la tête. Puis, six heure et demi après le début prévu de l’assemblée (12h00), un ajournement (ou une levée, je ne me souviens plus, sinon d’un écho distant qui soufflait que ce n’était pas la même chose) fut voté. J’ai voté pour. J’étais comme mort. Chapeau bas.

Peut-être que le temps est venu de fonder l’aile pataphysique de l’AFESH. Ce serait complètement impertinent, mais ça nous permettrait de rigoler de temps en temps :

« Je propose le maintien de la grève jusqu’à la découverte de l’Atlantide. »

« Je propose le maintien de la grève jusqu’au Ragnarok. »

« Je propose le maintien de la grève jusqu’à ce que le gouvernement installe une statue de Normand Béthune haute de 30 mètres en plein centre de la chambre des communes. »

« Je propose le maintien de la grève jusqu’à l’instauration de la gratuité scolaire pour tous les peuples de la galaxie. ».

Je délire ferme, excusez-moi. Je ne cherche à heurter personne avec ce message, mais il est vrai que je suis déçu parce que je veux que l’on fasse des gains et j’ai l’impression que le vote d’hier nous conduit tout droit dans le mur. Certains diront que je n’avais qu’à le dire au micro et ils auront raison. C’était à moi de venir avant pour comprendre les rouages de votre démocratie.

Toutefois, si des gens souhaitent le faire, il n’est pas trop tard (bien que le temps presse) pour soumettre la proposition à d’autres associations facultaires (plusieurs personnes m’ont dit qu’ils le feraient dans la leur). Avec un plancher d’étudiants qui supportent la proposition, qui sait, peut-être que nous serions en mesure de faire prendre au débat une tournure inattendue…

Eric Lécuyer

Membre du comité exécutif de l’association des étudiantEs en sciences des religions

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Un monde si proche – Richard Martineau et la baisse des pensions de vieillesse

Ce texte a beau être une fiction, toute ressemblance avec la réalité n’est pas du tout fortuite. Ce dialogue est un hommage que je dédie à tous les non-étudiants qui supportent notre lutte contre la hausse et qui comprennent que ce combat est celui de toute notre collectivité.

–          Toc toc toc.

–          …

–          Toc toc toc. Madame Lécuyer?

–         

–          TOC TOC TOC. Madame Lécuyer!

–          Ouayons…qu’est-cé…C’est qui?

–          C’est Richard Martineau, Madame. Je suis journaliste.

–          …

–          Je visite votre hospice pour connaitre l’opinion des résidents sur la baisse des pensions de vieillesse.

–          …Attendez minute. La dame ouvre lentement la porte.

–          C’était long! Vous vous prélassez souvent comme ça en plein après-midi?

–          Ben…je faisais une petite sieste…j’étais fatiguée…

–          Ah oui! « Fatiguée » [il fit des guillemets avec ses doigts]. En tout cas…Comme vous l’avez vu aux nouvelles, le gouvernement n’a plus assez d’argent pour payer vos pensions de vieillesse astronomiques comme avant. Il commençait à être temps que vous fassiez votre part pour les finances publiques, vous trouvez pas?

–          Franchement, Monsieur! J’avais déjà assez de misère à arriver avec ce qu’on me donnait, je sais pas comment je vais faire astheure…

–          Ah! Oh! Lâchez-moi avec ça! La baisse va juste vous enlever une dizaine de piastres par jour. C’est quoi dix piastres pour vous dans le fond?

–          Mais je vous le dis que j’arrive pas! Presque toute mon argent va à la résidence. Il me reste pas grand-chose à la fin du mois.

–          Ouais, ouais…c’est ça. Moi là, à chaque fois que je va au centre d’achats, y’a plein de petits vieux qui jasent à’ journée longue en buvant des cafés! Ils se font faire des permanentes, ils s’achètent des gratteux, ils vont flasher dans les bingos…Coupez là-dedans pis vous allez voir que vous avez les moyens de faire votre part! Lire la suite

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Économie du savoir : le crépuscule du règne des idiots utiles

Au cours de cet article, je laisserai partiellement de côté mon statut d’étudiant en sciences des religions pour parler à titre de conseiller en dotation, emploi que j’occupe avec passion depuis près d’un an. Comme vous pouvez l’imaginer d’après le titre qui coiffe ce billet, le sujet auquel je souhaite m’attaquer est pour le moins controversé. Si je devais le résumer en une phrase, je pourrais dire qu’il s’agit d’une réponse aux bien-assis qui reprochent aux étudiants de revendiquer des changements au niveau du financement des institutions scolaires alors qu’ils auraient un train de vie supposément aisé. J’avancerai l’hypothèse que l’accès aux technologies de pointe, le questionnement de l’autorité ainsi que le développement d’une vie sociale riche sont des facteurs essentiels d’épanouissement à la fois collectif et économique.

Les changements radicaux qu’entraîne l’économie du savoir au niveau de l’emploi exigent une révision profonde de notre perception de l’éducation et, par la bande, de la condition d’étudiant. Cette façon d’appréhender notre rapport à la connaissance et au travail s’oppose en tout point à la vision d’esclave-satisfait-de-son-sort qui a encore cours – bien que plus pour très longtemps – dans le discours ambiant. Dans ce mode de pensée ancré dans l’imagerie du porteur d’eau qui en arrache, mais qui est fort comme un cheval, on estime qu’il serait parfaitement naturel que les étudiants vivent dans la plus abjecte pauvreté, s’alimentant de façon malsaine (i.e. « Mangez du Kraft Diner! Ça ne vous tuera pas! »), s’aliénant complètement de toutes formes de développement technologique (i.e. « Ça n’a pas de bon sens! Ils ont des téléphones cellulaires! ») ou encore se gardant de participer à tous types de rassemblement social (i.e. « Ça se dit pauvre, mais ça va prendre des cafés ou de la bière en gang! »), sans quoi ils n’auraient pas la légitimité nécessaire pour émettre la moindre revendication.

En mon sens, la meilleure façon de rater la révolution de l’information et, implicitement, de plonger le Québec dans un marasme économique sans précédent, serait de mettre en pratique ce programme ascétique de benêt docile. En effet, le travail, dans ce que nous pouvons nommer l’économie du savoir, requiert des aptitudes très différentes de ce qui fut autrefois demandé des salariés. À ce titre, on peut noter que ce que l’on appelait il y plusieurs années recrutement de main d’œuvre est désormais désigné par acquisition de talents. Comme nous le verrons à l’instant, cette translation au niveau des termes n’est probablement pas survenue en vain. Lire la suite

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Mon injuste part

Mme. Beauchamp,

J’ai pris la décision d’écrire à propos de ma situation  non pas parce que mon cas est original, mais plutôt parce qu’il me parait extrêmement banal, reflétant, en substance, les problèmes que rencontrent la majorité des étudiants du Québec.

À la fin du mois dernier, le sévisse d’aide financière aux études m’a fait savoir que je n’avais plus accès au programme de prêts et bourses parce que mon salaire annuel était suffisamment élevé pour que je puisse faire ma juste part dans le financement de mes études. Bien entendu, l’AFE ne s’est pas contenté de couper mon accès au programme : on m’a aussi fait savoir, peut-être à la blague, sait-on, que je devais impérativement leur rembourser 750$ versé en trop. Au fait, il se chiffre à combien mon salaire annuel astronomique? 12 000$. Là-dessus, on juge que je devrais retrancher 8 000$ de frais de scolarité si l’on inclut la hausse projetée, ce qui me laisse la rondelette somme de 4 000$ (6,67 iPads ou 0,26 char de l’année).

Cette décision arrive à quatre cours de la fin de mon Bac. Une session : c’est tout ce qu’il me restait à faire pour terminer mes études. Notez bien que j’utilise l’imparfait car je ne vois absolument pas comment je pourrais trouver à temps l’argent nécessaire à la poursuite de mon parcours académique. Lire la suite

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Les enjeux de la grève étudiante de 2012: pourquoi sommes-nous contre la hausse des frais de scolarité?

Les étudiants en sciences humaines de l’UQAM sont maintenant en grève depuis quelques semaines et le mouvement ne cesse de s’intensifier. Ce mouvement connaîtra probablement son apogée le 22 mars alors qu’une manifestation nationale regroupant des étudiants de la CLASSE et de la FECQ-FEUQ se tiendra à Montréal. Cet article se veut une réflexion sur le sujet quant à savoir quel est le but recherché par cette grève et quelles en sont les revendications. Il s’agit également, dans un deuxième temps de dénoncer quelques décisions, évènements ou incidents fâcheux qui ne font, au final, que miner les efforts de la mobilisation étudiante.

Un choix de société

Il faut tout d’abord se demander pourquoi ne voulons nous pas de cette hausse de 1650$ sur 5 ans. L’enjeu peut sembler à priori d’ordre économique mais en est-il vraiment ainsi? Une bonne partie de l’argumentaire des mouvements étudiants semblent malheureusement donner raison au discours individualiste et économique en admettant que l’éducation est avant tout un investissement personnel. Bien que cette dernière ne soit pas complètement fausse, il est dangereux, voire suicidaire de se lancer dans cette optique. Il faut arrêter de tenter d’expliquer le tout à partir des simples parties et recommencer à percevoir la société comme un tout qui vaut plus qu’une vulgaire somme des individus. Prenons par exemple les pays qui ont opté pour un système d’éducation gratuit ou très accessible, c’est-à-dire la plupart des pays d’Europe (que l’on oublie trop souvent). Ces systèmes mis en place ne l’ont pas été pour servir les intérêts personnels de chaque individu voulant investir pour son propre avenir. Ils ne l’ont probablement pas été non plus pour favoriser une plus grande fréquentation des universités. Il s’agit tout d’abord d’un choix de société. Ce qui veut dire que chaque société choisis des priorités, reflétant souvent les valeurs préconisées par celle-ci. C’est ainsi que certaines sociétés voient leur richesse dans leurs ressources naturelles exploitables tandis que d’autres, voient dans le savoir, une richesse bien plus grande encore. D’un point de vue économique, un tel choix s’avère souvent très avantageux pour une société car cela lui permet de ne plus se limiter qu’au secteur primaire de l’économie mais également de s’imposer d’avantage dans les secteurs secondaire et tertiaire, souvent propres aux pays les plus développés. Les premières grandes civilisations de l’humanité, en Mésopotamie, se son épanouies de cette façon et les pays les plus avancés de notre époque le sont pour les mêmes raisons. Lire la suite

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La communauté étudiante d’ici, l’une des plus méprisées de la planète.

Cette lettre est une réponse au billet du 17 février 2012 de Normand Lester : La petite bourgeoisie d’ici, l’une des plus fainéantes de la planète.

M. Lester,

Suite à la lecture de votre éditorial, je me suis sérieusement demandé si celui-ci méritait une réponse. Hormis l’élaboration d’un portrait grossier de la communauté étudiante, teinté de jugements de valeurs et d’attaques ad hominem, on y retrouve bien peu de substance. En d’autres circonstances, j’aurais sans mal pu accueillir votre missive dans une parfaite indifférence. Nous n’aurions pas assez d’une vie pour répondre à tous les brulots haineux qui circulent sur la toile! Or, dans ce cas précis, je ne pouvais pas me taire, simplement parce que l’auteur de ce brulot haineux, c’était vous.

Si vous permettez, je souhaite faire ici un saut dans le passé. Il y a dix ans presque jour pour jour, le 15 février 2001, je me trouvais au Pied-du-courant avec une poignée de militants nationalistes pour commémorer la pendaison de cinq patriotes. J’avais à peine 17 ans et j’étais habité par des illusions grandioses, cela va de soi. Notre troupe peu nombreuse, frigorifiée, certes, mais passionnée s’est mise en marche dans la bonne humeur vers l’ouest, entonnant des chansons et brandissant des drapeaux tricolores. Bien sûr, nous sommes prestement arrivés devant la tour de Radio-Canada.

Deux mois auparavant, la suspension de vos fonctions à la télévision d’état avait scandalisé un large pan de la population québécoise. Étant alors un adolescent farouchement militant et avide d’informations, j’avais suivi ce dossier avec grande attention. Vous étiez alors pour moi un modèle d’intégrité journalistique, de courage et de rectitude face à vos convictions. Les modèles souverainistes positifs, en 2001, se faisaient rares. C’est pour cette raison que, devant la grande tour de Radio-Canada, du haut de mes 17 ans, je me suis arrêté et je me suis mis à scander innocemment votre nom. Un de mes potes, trouvant la chose cocasse, fit la même chose. Bien vite, toute la marche fit halte pour signifier leur solidarité envers vous. Vos publications autant que votre démission constituaient des symboles forts, fédérateurs si je puis me permettre.

En mon sens, votre renommée repose sur la rigueur de votre travail journalistique (thèses étayées par des faits, traitement de sujets aussi négligés que nécessaires pour la société québécoise, protection de vos sources, etc.). Toutefois, quand j’ai lu La petite bourgeoisie d’ici […], je ne vous ai pas reconnu. Ce texte n’est pas digne de vous. Lire la suite

Catégories : Chronique de la haine ordinaire, Grève générale 2012, Mouvement étudiant | Mots-clés : , , , , | 1 commentaire

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