Archives d’auteur : Emilie Dazé

Que le changement soit

Aujourd’hui et pour une énième fois depuis le début de notre grève, au cours d’une conversation animée à propos de la corruption et la mauvaise gestion gouvernementale, je me suis fait servir cette ritournelle bien connue : « La corruption, la mauvaise gestion, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. On ne peut rien y faire. Vous les jeunes, faut pas trop en demander, parce que vous allez voir en vieillissant qu’il est impossible de changer le monde. »

Ils sont effectivement nombreux et nombreuses à nous avoir précédés dans cette société qui, du point de vue de leur expérience citoyenne, en sont arrivés à la triste conclusion qu’il est impossible de changer le monde. Ce fatalisme, imposé à la manière d’une sagesse ancestrale ou d’une loi naturelle, s’accompagne le plus souvent d’allusions à nos idéaux utopiques de jeunes insouciants, nous qui finirons pourtant, comme tout le monde, par nous ramollir, lâcher prise et, tant bien que mal, nous faire au moule et finir par nous y sentir à l’aise.

Je ne peux que m’interroger sur les raisons qui font que cette morale à deux sous a le don de m’irriter au plus vif. Pourquoi, en effet, ces propos ont-ils pour effet de provoquer chez moi un refus viscéral qui a tout à voir avec l’instinct de survie?

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J’ai le souvenir flou mais pourtant vivace de la peine creusant les visages de mes parents au lendemain de l’échec référendaire de 1995. J’avais 10 ans et bien peu de repères pour comprendre l’importance déchirante de ce moment. Je savais pourtant dans mon cœur de petite fille que l’heure était aussi grave que mes parents dévastés. Je n’ai compris que plus tard l’ampleur du désastre émotif. Ma mère et mon père ne m’ont jamais parlé de politique. Ils ont continué à voter pour le moins pire des partis, mais sans jamais y mettre du cœur, sa jamais oser se laisser gagner par le moindre souffle d’idéal. Même que lorsque j’ai commencé à développer par moi même un certain intérêt pour la réflexion politique et l’engagement citoyen, ils ont jugé bon de me mettre en garde contre l’abus d’espoir et d’idéal, probablement dans le but de m’éviter les désillusions qu’ils ont eux mêmes eu à encaisser.

J’ai aujourd’hui beaucoup plus d’outils pour comprendre le désarroi de la génération qui m’a précédée. Face aux espoirs fracassés, il semble que c’est toute une collectivité qui a jeté l’éponge, retirant du coup sa confiance envers les processus démocratiques et les initiatives citoyennes. Les luttes visant la construction d’une société meilleure ont perdu à ce moment leur sens fondamental; elles ne pouvaient désormais qu’être menées en vain. Je comprends aussi mieux maintenant comment l’avènement la société de marché mondialisée est venue enrober cette blessure, l’apaiser à la manière d’une drogue insidieuse, alors que sur les décombres référendaires continuait de s’effriter le tissus social québécois. Tant et si bien que malgré la proximité quotidienne, les gens se sont sentis de plus en plus isolés et impuissants face à l’empire grandissant de l’individualisme et de la consommation de masse. La blessure est encore douloureuse au cœur de bien des nôtres. Je comprends intimement la peine et le repli qu’elle a pu engendrer.

Il reste que pendant que les citoyen.ne.s souverainistes pansaient dans un coin leur blessure collective, pendant qu’une part importante de la population se détournait de la politique active et revendicatrice pour se berçer aux refrains nostalgiques du PQ (« Mais nous, nous serons morts mon frèèèèèèreeeeee…. »), nos institutions politiques se sont vues désertées par celles et ceux qui en faisaient toute la valeur démocratique. Pire : celles-ci se sont vues accaparées par les multinationales, les compagnies exploiteuses de ressources (humaines et naturelles) et la mafia. C’est ainsi que des minorités menées par leurs intérêts financiers se sont vues abandonnées pratiquement toutes les commandes du navire collectif.

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À en croire plusieurs, il nous faudrait, nous, les jeunes, faire nôtres le fatalisme et les désillusions de celles et ceux qui nous ont précédés, être « raisonnables » et baisser les bras avant même d’avoir débuté le combat. Il nous faudrait hériter d’institutions politiques dysfonctionnelles et parasitées en acceptant que nous ne pouvons rien y changer. Bref, il nous faudrait accepter de reproduire sans broncher ce modèle d’une citoyenneté « cassée » et passive, réduite à sa seule fonction électorale.

Si j’avais eu à digérer deux échecs référendaires et l’âge d’or de la société de consommation, j’aurais probablement, moi aussi, renoncé à mes idéaux politiques pour investir mon cœur et mon âme dans mes REER. Mais ce vécu pour le moins traumatisant n’est heureusement pas le mien. Politisée au sein de la gauche altermondialiste, écologiste et libertaire, informée aux médias indépendants, formée en sociologie et en anthropologie, mon court chemin de vie m’a ouvert des perspectives bien différentes sur l’infinité des possibles s’offrant à notre société.

Mes études m’ont rapidement ouvert les yeux sur la nature purement idéologique du modèle néolibéral, qui se présente pourtant comme la seule voie d’évolution possible. L’anthropologie a depuis longtemps mis en lumière l’omniprésence, dans l’histoire humaine, de sociétés se fondant sur d’autres principes que celui de la prédominance de l’économique sur les autre sphères du social. Même dans la société la plus consumériste, ils sont immenses, les domaines de l’existence humaine qui échappent au strict calcul économique. Elles sont rares, les personnes qui abordent la question de leur « valeurs » dans une pure optique de profit et de productivité. Pourtant, ces valeurs orientent jour après jour les choix de chacun, au point où ils finissent bien souvent par colorer le parcours de toute une vie.

La sociologie enseigne fondamentalement que les citoyen.ne.s sont les principaux acteurs et créateurs de leur société, en ce qu’ils reproduisent plus ou moins fidèlement, selon le contexte, les modèles dont ils héritent. Ainsi, les sociétés sont avant tout le fruit des réflexions et des choix collectifs et non celui d’une fatalité qui fait que les gros, les riches, les puissants gagnent toujours depuis l’aube des temps. En leur temps, les mouvements contestataires portés par les esclaves, les noirs et les femmes se sont eux aussi fait servir ce refrain de perdant. À quoi ressemblerait notre monde s’ils y avaient crû? Nul ne peut nier aujourd’hui que leurs espoirs et leurs idéaux les ont mené quelque part, que le monde a réellement changé du fait de leurs luttes solidaires.

Une chose que j’ai apprise à m’impliquer au sein de groupes et des milieux plus radicalement politisés est la force immense de l’action collective. Seul, on vient rapidement à bout de nos ressources d’énergie et de motivation; l’impact de nos actes est limité. Ensemble, non seulement nous pouvons faire plus avec moins d’énergie individuelle, mais notre énergie et notre motivation se trouvent multipliées par l’appui et l’encouragement de celles et ceux avec qui nous engageons notre cœur et nos maigres moyens.

Ma vie quotidienne au sein du réseau alternatif québécois carbure aux solutions, aux collaborations et aux solidarités qui font la vie bonne et pleine de sens. Avec un revenu qui dépasse rarement les 10 000$ par année, je vis pourtant dans une abondance certaine, car si les sous se font parfois rares, les amitiés et les ressources, elles, ne manquent jamais. Tout de ma courte expérience de vie dément ce fatalisme et ce défaitisme que l’on voudrait me léguer.

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Nous qui nourrissons cette grève de nos valeurs et de nos espoirs, n’avons pas mal à notre cœur citoyen, pas plus que nous ne redoutons la défaite. Au contraire, notre cœur est en fête et peu importe l’issue de la lutte, nous nous souviendrons toute notre vie de l’énergie engendrée par notre action collective. Nous nous souviendrons de ce sentiment indicible d’unité qui nous a saisis tout entiers lorsque par dizaines de milliers, nous avons posé ce même acte démocratique de s’allier au delà de nos différences pour une cause commune. Nous ne baisserons pas les bras, car nous avons intimement conscience de notre pouvoir citoyen. Chaque coup de matraque, chaque jet de poivre ou de gaz irritant, chaque arrestation arbitraire n’a pour effet que de semer et de faire grandir en nous la colère et l’énergie qu’il faut pour nourrir notre engagement social et politique pour toute notre existence à venir.

Dans la victoire comme dans la défaite, nous resterons amoureux de notre société. Nous deviendrons des avocats et des médecins populaires, des organisateurs communautaires, des professeurs philosophes, des maraîchers bios, des planteurs d’arbre, des journalistes et des cinéastes indépendants, des micro-économistes, voire, qui sait, des politiciens intègres. Nous resterons cohérents, incarnant nos valeurs dans chacun de nos choix de vie et de consommation. Nous ne baisserons pas les bras, jusqu’à ce que le changement soit!

À celles et ceux qui seraient tentés, dans le contexte ambiant, de se laisser sombrer dans le fatalisme et la désillusion, je dirais ceci : il suffit de dire non aux injustices et aux incohérences. Pas seul chez soi ou dans l’intimité peu compromettante d’une ligne ouverte ou d’un courrier du lecteur, mais ensemble, par nos choix et nos actes quotidiens, dans notre espace public, nos rues, nos parcs, nos institutions. Il suffit de s’impliquer, de se commette solidairement dans la sphère politique pour que tous les horizons, même les plus utopiques, nous soient à nouveau largement ouverts.

La démocratie, bien au delà du vote, est avant tout ce dialogue constant et fertile qui fait de la somme des citoyen.ne.s une entité sociale vivante qui nous transcende tout en habitant le plus intime de notre être. De s’impliquer ensemble dans des projets qui nous font la vie meilleure nous fera construire des liens sociaux d’une telle solidité qu’aucun gouvernement, aucune multinationale, aucune défaite référendaire ne pourra jamais les saborder. Plus encore : c’est par ce mouvement d’implication partant de la volonté consciente de chaque personne que ce projet de changer le monde quitte ici et maintenant le domaine de l’utopie pour s’enraciner solidement au cœur même de notre réalité collective.

Que le changement soit.

Émilie

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La Parabole du macaroni et l’esprit de sacrifice: réponse à Martineau

Dans sa réplique aux étudiantes et étudiants publiée son blogue le samedi 24 mars, Richard Martineau a su résumer en deux phrases l’essentiel d’un conflit intergénérationnel :

« Or, je persiste et signe. Quand jétais étudiant, je navais pas les moyens daller manger sur la terrasse dun resto chic dOutremont. On vivait à 5 dans un appartement minable et on mangeait du macaroni. Et je navais pas les moyens de macheter les gadgets de lépoque. Je me suis serré la ceinture, jai INVESTI dans mon avenir, et aujourdhui, je suis heureux davoir fait ces SACRIFICES. »

Cette parabole du macaroni et des sacrifices, elle m’a été servie de nombreuses fois par mon père (sauf que dans son cas, c’était des toasts au beurre de pinottes.) Dans le temps, des dires même du paternel, la population étudiante était pour la grande majorité jeune et sans le sou. Issue de familles nombreuses et de milieux très modestes, elle n’a pu compter pour financer ses études d’aucun autre soutien que celui que le gouvernement d’alors avait jugé bon d’instaurer, sous la forme de prêts et bourses couvrant de misère ses besoins de base.

Ses études terminées, mon père a reconduit ce même esprit de sacrifice dans sa carrière. Le plus clair de mon enfance, il a fait le sacrifice de sa vie de famille pour monter une entreprise qui, bien qu’elle lui bouffa 6 jours de sa semaine pendant plus de 10 ans (le 7e, il dormait…), nous sortirait éventuellement tous du besoin. Ma mère a pour sa part fait le sacrifice de son autonomie financière et de son épanouissement professionnel, en grande partie parce que la garderie était hors de portée du budget familial. Motivés par le désir de nous donner mieux que ce qu’ils avaient reçu eux mêmes, mes parents se sont investis et ont fait des sacrifices pour nous assurer, à ma sœur et moi, un avenir meilleur.

Ces générations (les boomers et les X, pour faire dans les catégories) ont effectivement mangé plus que leur part de macaroni pour se sortir de leur condition de pauvreté. Dans le Québec émergent post 1967, c’était ce qu’il y avait de plus digne à faire. Ces sacrifices consentis étaient alors porteurs de promesses et de sens parce qu’ils permettait réellement, à qui en avait la chance et s’en donnait la peine, d’améliorer sensiblement ses conditions de vie. Ces hommes et ces femmes ont en bonne partie réussi, et nous leur devons pour cela admiration et respect.

Self made man exemplaire, mon père a su me transmettre l’amour du travail et la valeur de l’effort. Je dois à ces valeurs transmises, ainsi qu’à l’appui financier familial (dont je n’ai par ailleurs jamais abusé, trop consciente, voire vaguement honteuse, de dépenser l’argent durement gagné) d’avoir poursuivi jusqu’aux cycles supérieurs mes études postsecondaires.

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Le statut d’étudiant couvre aujourd’hui des réalités sociales complexes; la majorité travaille à temps partiel alors il n’est pas rare pour des travailleurs de tous domaines de souscrire à la formation continue. Les parents étudiants sont nombreux, les familles monoparentales aussi. Il y a des quarantenards en réorientation de carrière, des retraités qui veulent se garder l’esprit aiguisé… Les études n’ont plus grand chose à voir avec une étape de vie bien cadrée concernant une population dans la 20aine cheminant vers la vie « adulte » de travailleurs actifs.

J’ai passé les huit dernières années de ma vie dans l’université, partageant mon temps entre les études et et le travail (précaire) d’assistance à l’enseignement et à la recherche. Je suis également devenue maman au début de la maîtrise. Foi de mère-étudiante-travailleuse, aucune instance gouvernementale sensée soutenir l’accès aux études et/ou les nouvelles familles n’est réellement adaptée à la complexité des situations où peuvent se retrouver les étudiantes et les étudiants aujourd’hui. Le Programme de prêts et bourses (conçu pour le modèle étudiant des années 1980), comme le Régime québécois d’assurance parentale (conçu pour des travailleurs 9 à 5), sont des instances qui ne se parlent pas entre elles, alors qu’elles sont impliquées de concert dans la situation financière de milliers de personnes et de leurs familles.

Vous parlerai-je de ces quelques 7000$ durement gagnés en bourses d’excellence, pour lesquelles j’ai tout donné pendant le BAC (foutue moyenne!), et qui m’ont été retranchés cette année sur les Prêts et bourses gouvernementaux parce que j’ai eu le malheur de gagner plus de 12 000$ en 2011? (Pour l’année en cours, la carte de crédit couvre le gouffre financier.) Vous parlerai-je de toutes ces bourses d’excellence (environ 80% des offres) auxquelles j’étais inadmissible parce que j’ai eu le malheur de commencer la maîtrise à temps partiel pour cause de maternité? (Malgré un dossier académique exemplaire, un cheminement atypique est une garantie de non reconnaissance au sein des structures universitaires.) Vous parlerai-je, enfin, de ces quelques 600$ que m’a réclamé le Régime québécois d’assurance parentale parce que j’ai osé travailler une poignée d’heures réparties sur trois mois en même temps que je recevais des prestations de nouvelle maman? Prestations qui, soit dit en passant, sont calculées dans les mêmes proportions pour tout revenu annuel de 50 000$ et moins… Juste pour le plaisir de l’exercice, vous calculerez 55% d’un salaire hebdomadaire pour un revenu annuel de 8000$, pour voir combien ça paye de macaronis… Heureuse d’être encore à deux pour parer solidairement aux absurdités du système, car ces mesures de « soutien », qui ont fortement tendance à s’annuler les unes les autres, maintiennent même les plus avisé.e.s dans une précarité financière constante.

Mais il y a pire. Les professeur.e.s sont de plus en plus nombreux et nombreuses à dénoncer la mauvaise gestion et le mal-financement des universités. Les tâches bureaucratiques paralysent les activités d’enseignement. Des millions de dollars sont accordés à la recherche alors que des professeurs, libérés de leurs obligations, s’occupent à gérer des sommes astronomiques en subventions de recherche à l’extérieur de la communauté universitaire, souvent aux profits d’intérêts privés à peine déguisés. Ajoutez à cela toutes les bêtises cumulées par le gouvernement en place, qui vend à rabais les ressources naturelles, se fout des urgences environnementales, impose des taxes sur la santé, fait des cadeaux fiscaux aux entreprises, offre des contrats sans appel d’offre… Ça sent le copinage, le conflit d’intérêt. Ça sent fort. Même que ça empeste…

D’un côté ces tristes clowns nous servent des sermons peu crédibles, alors que de l’autre se multiplient les études, les expertises, les avis indépendants soutenant qu’un bon ménage de nos institutions (la fin des chaînes de privilèges et de la corruption) et une meilleure redistribution de la richesse (plus de paliers d’imposition, une meilleure gestion de nos ressources naturelles, la taxation responsable des entreprises) suffiraient largement à couvrir la gratuité scolaire, l’accès à la santé, voire tous les programmes sociaux confondus.

Et l’on vient nous haranguer à propos de la nécessité de faire des sacrifices et d’investir dans notre avenir. On nous dit, non sans condescendance, que nos cheminements n’auront pas de valeur à moins que nous ne gagnons ce que nous avons à force de souffrances et de renoncement. Le problème est précisément là : faire des sacrifices en tant qu’étudiant dans les années 80-90, c’était porteur de sens. Faire des sacrifices pour faire plaisir à ce gouvernement vendu, corrompu et clos sur lui même, alors qu’année après année, les riches continuent s’enrichir, s’appropriant sous le couvert du privé la richesse collective tout en répandant comme une évidence la rhétorique du manque (les fameuses parts de gâteau, ou ces bouts de « couverte » que chacun tire de son bord), cela n’a absolument aucun sens.

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Je trouve ignoble que la réalité d’étudiants plus aisés festoyant sur les terrasses chic d’Outremont vienne masquer celle, beaucoup plus commune, d’étudiants-parents-travailleur surnageant session après session dans l’absurdité bureaucratique et la précarité financière qu’elle engendre. Hier comme aujourd’hui, les étudiants pauvres, seuls ou en famille, restent chez eux et font des sacrifices. Ils ont en fait le choix entre manger du macaroni ou combiner dans des proportions destructrices travail et études. Dans les deux cas, ils se ruinent la santé physique et psychologique au nom d’une hypocrite nécessité qui ne profite finalement qu’aux mieux nantis. Et ils ne sont pas seuls dans cette condition aliénante : allez demander à tous ces travailleurs et travailleuses désillusionnés, dépossédés de la moindre prise sur leurs conditions de travail, peut être même aux portes du burn-out, si les sacrifices auxquels on leur demande de consentir leur donnent l’impression d’investir dans leur avenir.

Dans la foulée de la Révolution tranquille, la réforme de l’université et le programme de prêts et bourses mis en place par le gouvernement avait pour objectif premier de soutenir par le moyen de l’éducation le développement et le bien-être général de la société québécoise. Il est navrant de constater qu’aujourd’hui, beaucoup de celles et de ceux qui ont bénéficié de ce soutien de leur propre société se désolidarisent de ceux qui les ont suivis, arguant qu’ils ne souffrent pas assez pour avoir le droit de se plaindre. Je vois mal pourtant comment une personne constamment placée en position de survie, assurée d’être endettée plus de la moitié de sa vie (après le prêt étudiant viendra l’hypothèque…), peut constituer une richesse pour sa société. Avec la parabole du macaroni et l’esprit de sacrifice qu’elle prône, c’est tout le projet d’amélioration du monde pour les générations futures qui est foulé aux pieds.

En définitive, il me semble plus qu’approprié de parler de parabole en ce qui concerne les macaronis de Martineau. Il y a dans cette valeur immense accordée au sacrifice un relent de religiosité catholique qui consacre la valeur des réalisation impliquant peine, souffrance et abnégation. Jésus, ce fier sémite révolutionnaire, n’a-t-il pas souffert sur la croix pour nous sauver tous? J’imagine pourtant mal notre Sauveur revenir à Pâques dire à ses apôtres que leurs efforts pour aider les plus démunis ne valent rien, à moins qu’ils n’aillent se faire crucifier eux aussi.

Le jour où le gouvernement aura fait ses devoirs de transparence, de responsabilité et de redistribution solidaire de la richesse, le jour où les riches (les particuliers comme les entreprises) feront eux aussi leur juste part, le jour où nous gérerons respectueusement nos richesses collectives en les considérant pour ce qu’elles sont vraiment : le patrimoine des générations à venir, alors je promets solennellement de consentir dans la joie à tous les sacrifices nécessaires pour soutenir l’épanouissement de ma société. D’ici là, je veux pouvoir vivre sainement, prendre le temps qu’il faut pour être vraiment présente auprès de mon enfant, m’impliquer bénévolement dans ma communauté, partager de bon cœur et sans compter le peu que j’ai et nourrir mes amitiés, celles qui restent quand le soutien de l’État fout le camp, parce que ce sont à mes yeux les moyens les plus sûrs d’investir réellement dans mon avenir et celui des miens.

Je ne servirai pas la parabole du macaroni à ma fille. En fait, je ne lui souhaite rien de moins qu’une existence plus douce que la mienne, plus stable et moins stressante, plus épanouie. Avec un peu de chance, peut-être arriverai-je à lui partager l’amour du travail et la valeur de l’effort qui m’ont été légués, de sorte qu’elle puisse un jour trouver autant de fierté et de plaisir que moi à faire de son mieux. En lui donnant l’exemple, peut-être même arriverai-je à lui transmettre un certain sens de la solidarité et de la responsabilité qui lui fera voir toute la pertinence et l’importance d’oeuvrer au bien-être de celles et ceux qui viendront après elle, malgré les difficultés et les sacrifices.

Émilie Dazé, citoyenne québécoise contre la hausse et POUR UN CHANGEMENT SOCIAL GLOBAL

Catégories : Grève générale 2012, Politique et société | Mots-clés : , , , | 29 commentaires

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