La Suède et le multiculturalisme: portrait ethno-religieux d’un pays souvent cité mais trop mal connu.

Sur la question de la religion dans l’espace public, le cas de la Suède se veut un sujet très intéressant, surtout lorsqu’il est comparé à certains pays comme la France. L’immigration plutôt importante a influé plus qu’à sont tour à sur la population et la situation ethnoculturelle de ce pays, notamment en milieu urbain, ou la question du port des signes religieux se veut de plus en plus d’actualité. Cet article a pour but de tracer un portrait sommaire de en ce qui concerne la religion dans la société suédoise. Nous ferons ici appel à plusieurs source, majoritairement médiatiques (journaux, reportages) et également quelques sources statistiques tel que le bureau central de la statistique de Suède (SCB). Nous procéderons tout d’abord à un portrait général de l’immigration en Suède, notamment en ce qui concerne les nouvelles arrivées des dix dernières années. Ensuite, il sera question du portrait religieux du pays ainsi que la question du port des signes ostentatoires dans l’espace public. Finalement, il sera question des problématiques actuelles en Suède qui sont notamment reliés à l’importance grandissante de l’islam au sein de la population en passant par quelques incidents couronnés par une entrée historique de l’extrême droite au parlement suédois.

Portrait de l’immigration en Suède

            La Suède est un pays considéré comme très ouvert à l’immigration et ce, malgré une population relativement restreinte estimée en février 2011 à 9 422 661 habitants[1]. Avant les années 1930, l’émigration était plus forte que l’immigration mais ces données ont changés à partir de cette décennie pour connaître une tendance à la hausse de l’immigration dès la fin de la deuxième guerre mondiale. D’après le bureau central de la statistique en Suède, environ 1,3 millions d’habitants seraient nés à l’extérieur du pays ce qui représente un peu plus de 14% de la population. On compte trois périodes où l’immigration fut plus accentuée depuis la seconde guerre mondiale, soit le début des années 1970, le milieu des années 1990 et la fin des années 2000. 2009 fut une année record pour l’immigration avec 102 280 nouveaux arrivants, chiffre qui sera à la baisse dès 2010.

Depuis les 10 dernières années, le bureau central de la statistique en Suède compte 824 209 nouveaux arrivants provenant de presque la totalité des pays du globe. Parmi ce nombre, plus de 50% proviennent d’un pays d’Europe, notamment certains pays scandinaves tels que la Norvège et le Danemark. S’en suit les immigrants venue d’Asie (30%), d’Afrique (10%), d’Amérique et des Antilles (8%) et puis d’Océanie (environ 1%). Outre les pays d’Europe, les immigrants originaires d’Irak figurent parmi les plus nombreux avec presque 118 000 représentants dont 65 000 arrivés depuis 2000. Parmi ceux-ci, la plupart sont arrivés en Suède entre 2006 et 2008. La ville de Södertälje, au sud-ouest de Stockholm, est d’ailleurs connue pour avoir accueilli à une certaine époque, plus de réfugiés irakiens que le Canada et les États-unis réunis.[2] Toutefois, aucune communauté ethnique ne se démarque du lot de façon très marquée, la plupart des pays étant représentés par les immigrants. Il en va donc de soi que le portrait ethno-religieux de ce pays se soit relativement métamorphosé dans les dernières décennies, ce qui a vraisemblablement ouvert la porte à une laïcisation de l’état dès le début des années 2000.

Portrait religieux de la Suède

            Il n’y a pas de statistiques officielles à proprement parler quant aux religions en Suède. Toutefois, il est possible de se faire un tableau général à partir que quelques sources dont des statistiques provenant de l’Église de Suède et le Rapport international sur la liberté religieuse du Département d’État américain.[3] L’Église luthérienne de Suède est la plus importante religion du pays avec 71,3% de fidèles recensés. Ce chiffre représente toutefois une baisse notable depuis les années 1970, non seulement du point de vue du pourcentage de la population mais également par rapport au nombre de fidèle qui a passé de 7 754 784 (95,2% de la population) en 1972 à 6 664 064 (71,3% de la population). On remarque d’après le tableau présenté par l’Église de Suède que la baisse du nombre de fidèle a débuté réellement à partir du milieu des années 1990. Toutefois, la diminution du pourcentage de fidèles luthériens par rapport à la population générale a débuté dès les années 1970, vraisemblablement causé par l’arrivée d’immigrants appartenant, pour la plupart, à une confession différente.

Les musulmans sont le deuxième groupe religieux en importance dans le pays avec 450 000 à 500 000 fidèles représentant environ 5% de la population. On compte environ 165 mosquées et lieux de cultes musulmans sur le territoire suédois.[4] Ceux-ci sont mis à l’avant-plan médiatique dans le pays et sont couramment représentés comme figure emblématique de l’immigration générale en Suède. L’islam est ciblée systématiquement par les mouvements d’extrême droite qui n’hésitent pas à recourir à l’islamophobie afin de gagner du capital politique, un peu de la même façon que le Front National en France. Outre les musulmans quelques autres communautés religieuses se rapprochent en nombre. Les pentecôtistes, les anabaptistes (Église missionnaire), les témoins de Jéhovah et les Mormons représentent chacun un peu moins de 5% de la population nationale. Les autres religions dont l’hindouisme, le bouddhisme et le judaïsme sont beaucoup plus minoritaires et représentent tous ensemble moins de 5% de la population.

La Suède est un pays officiellement laïc depuis le 1er janvier 2000. Auparavant, l’Église luthérienne était la religion officielle de l’État et y participait en tenant, entre autres, les registres civils jusque dans les années 1990.[5] Cette séparation s’est toutefois faite à l’amiable est fut le résultat de plusieurs années de discussions et de planification. Un pasteur suédois du nom de Johan Engvall témoigne de cette séparation dans un article du Monde des religions paru en 2004 : « Nous étions bien préparés, et la transition s’est très bien passée, observe Johan Engvall. Il était temps de procéder à une telle réforme. La société suédoise a changé au cours des dernières décennies, le pays est devenu multiculturel avec l’arrivée de nombreux réfugiés. L’État voulait pouvoir se comporter de manière plus neutre sur le plan religieux. »[6]. Cette séparation se veut donc une suite logique à la situation ethno religieuse du pays qui a relativement changé dans les dernières décennies.

Le port des signes religieux dans l’espace public

            Bien qu’il y ait eu séparation en l’Église et l’État en 2000, le type de laïcité qui est pratiqué en Suède est bien différent de la laïcité républicaine telle que connue en France. La société suédoise, beaucoup plus multiculturelle et libérale s’apparente plutôt, à ce sujet, aux pays anglo-saxons comme le Canada ou le Royaume-Uni. Il n’existe aucune réglementation juridique quant au port des signes religieux dans l’espace public, ni même pour les employés de la fonction publique. Le port du voile dans les écoles a été autorisé officiellement en 2007 par la direction suédoise des affaires scolaire bien que le port de la burqa y soit interdit depuis 2003.[7] Le port des signes religieux est en fait un droit fondamental lié de près à la liberté d’expression et la liberté de religion. Ce principe va de pair, pour bien de suédois avec la démocratie. Non seulement que ce droit est appliqué dans la fonction publique, certaines entreprises privées ont accommodés leurs employés selon leurs pratiques religieuses. Par exemple, la compagnie de meubles Ikea a conçu un uniforme exprès pour les femmes musulmanes désirant porter le voile en intégrant un hidjab aux couleurs de la compagnie (jaune et bleu, tout comme les couleurs de la Suède).[8]

Dans un reportage diffusé sur France 3, on apprenait à des jeunes élèves suédois que le port des signes religieux est interdit dans les écoles en France. Ceux-ci, qui étaient visiblement stupéfaits allaient jusqu’à s’interroger sur la démocratie même en France, considérant la position républicaine pratiquement incompatible avec la démocratie.[9] Dans ce même reportage, on affirme que le voile, tout comme les autres signes religieux, est permis même dans la police ou dans l’armée tant que cela ne représente pas de danger. La ville de Stockholm va même plus loin en réservant, dans certaines piscines, du temps pour les femmes musulmanes désirant se baigner. Des séances d’aquagym, par exemple, sont organisées pour elles et des maillots « islamiques » ont même été conçus et offert par la ville. Le système suédois va, en quelque sorte, de pair avec la logique libérale qui voit la neutralité de l’État d’un œil différent du républicanisme français. Il est d’ailleurs fait mention dans ce reportage de France 3, de cette logique rawlsienne voulant que les individus puisent laisser dans la sphère du privé leurs convictions religieuses bien qu’ils puissent les afficher publiquement via leur tenue vestimentaire. Il est intéressant de remarquer également que même l’extrême droite suédoise ne semble pas s’opposer en tant que tel à ce système, du moins, ils n’ont jamais préconisés ouvertement le système républicain. Il faudrait toutefois nuancer cette affirmation du au fait qu’ils reprennent le sentiment nationaliste pour s’en prendre à l’immigration qu’ils jugent déraisonnable et à l’islam en général qui est présenté comme la plus grande menace pesant sur le pays.[10] Cette attitude va de pair avec de nombreux mouvements de droite en occident, que ce soit en France avec le Front National, en Suisse avec l’épisode des minarets ou même au Québec où certains commentateurs plutôt démagogues ne se gênent pas pour accuser la religion de Mohamed de bien des malheurs qui pèsent sur eux.

La  religion en Suède n’est pas complètement sortie des écoles, bien que l’État se soit séparée de l’Église. Les écoles gratuites, issues d’une réforme de l’éducation au milieu des années 1990, ont été l’objet de préoccupations de la part du gouvernement dans les dernières années. Ces écoles, représentant 9% des établissements d’enseignement obligatoire et 17% des établissements d’enseignement secondaire, ont vu le nombre d’écoles religieuses accroître considérablement durant la dernière décennie.[11] Ces écoles représentent aujourd’hui environ 10% de toutes les écoles gratuites de Suède. Un rapport de l’Agence Nationale Suédoise pour l’Éducation publié en 2010 a dénombré pas moins de 64 écoles primaires religieuses. Parmi celles-ci, 49 était chrétiennes, huit était musulmanes et trois étaient juives.[12] De plus, comme il l’a été mentionné précédemment, le port des signes religieux comme le voile islamique est autorisé dans les écoles et ce pour tous.

L’islam en Suède

            Du à l’immigration des dernières décennies, l’islam est devenu la deuxième religion en importance dans le pays. Ceux-ci sont essentiellement concentrés dans le sud du pays et en périphéries des grandes villes comme Stockholm et Malmö. Le nombre croissant de musulman et le système leur permettant de s’exprimer librement dans leur foi aurait fait déclarer au politicien suédois Adly Abu Hajar : « Le meilleur État islamique, c’est la Suède », d’après les dires du journal suédois Skänskan.[13] La montée en importance de l’islam a aussi été accompagnée d’une montée, du moins dans les craintes, de l’idéologie islamiste. Les juifs de Suède, beaucoup plus minoritaires (environ 20 000 selon le Département d’État Américain),[14] se disent de plus en plus victime de discrimination et d’intimidation, notamment à Malmö, ce qu’ils attribuent généralement aux immigrants musulmans. Ces incidents, comme bien d’autres, sont généralement repris par l’extrême droite suédoise à des fins de propagande. Plus les incidents se produisent, plus les représentants du Parti Démocrate Suédois peuvent miser sur une campagne de peur visant les musulmans du pays comme l’illustre très bien une publicité de ce parti ayant semé la controverse lors des élections législatives de 2010.[15] Les prochaines lignes de cet article se consacreront donc à illustrer quelques épisodes marquants des dernières années en Suède en ce qui concerne l’islam et l’immigration en général.

La controversée émission Halal-TV

            Halal-TV est une émission télévisée qui fut diffusée sur la chaîne SVT2 de novembre à décembre 2008. Cette émission présente trois jeunes femmes musulmanes voilées : Cherin Awad, Dalia Azzam Kassem et Khadiga El Khabiri, qui présentent leur point de vue sur la société suédoise tout en recevant des invités afin de discuter sur certains sujets. Halal-TV n’a pas manqué de créer la controverse en Suède et ce, dès la première émission. En effet, le quotidien suédois The Local rapportait dès le lendemain de la diffusion de l’émission inaugurale du 3 novembre, qu’une des animatrices, Cherin Awad, avait déclaré dans le passé qu’elle était favorable à la lapidation des femmes en cas d’adultère.[16] L’émission a causé également d’autres polémiques, notamment lors du premier épisode où deux des animatrices ont refusé de serrer la main d’un de leurs invités, Carl Hamilton. Celui-ci s’étant offusqué de ce refus, la tension a vite monté entre l’invité et les animatrices. En écrivant dans le journal Aftonbladet au sujet de cet incident, celui-ci s’est interrogé s’est demandé « Est-il raciste de vouloir serrer la main d’un musulman? ».[17]

L’émission tendait toutefois à vouloir montrer une autre image de l’islam, moins caricaturée et moins monolithique en présentant trois jeunes femmes d’origines différente et ayant des visions parfois différentes. Néanmoins, on reproche à Halal-TV de faire exactement le contraire en diffusant une vision trop radicale de l’islam et en contribuant ainsi à la diffusion des stéréotypes sur les musulmans.[18] Certains musulmans tel que Mohammed Sara, s’indignent face à cette vision de l’islam qui risque de causer préjudice sur les musulmans, déjà au pris  par des préjugés de la part des tenants de la droite. Sara affirme d’ailleurs que les présentatrices d’Halal TV ont des opinions similaires à celles des Talibans en Afghanistan.[19]  D’autres représentants d’organisations diverses ont également publié une critique très sévère à l’endroit de l’émission dans le quotidien suédois Aftonbladet.  Ils écrivent : « En Suède, il y a 400 000 musulmans. Beaucoup d’entre eux sont venus en Suède en tant que réfugiés de régimes islamiques oppressants. D’autres sont des athées progressifs ou des musulmans passifs. Ils sont maintenant représentés par les jeunes femmes qui cachent leurs cheveux sous un voile et refusent de serrer la main d’un homme. La Halal TV est une insulte à la société laïque! ».[20] Quoi qu’il en soit,  cette émission n’a eu qu’une courte vie d’à peine un mois et demi. Halal Tv fut annulé après la septième émission, bien que celle-ci constituait pour son diffuseur une certaine publicité gratuite.

Des épisodes de violence et des tensions

            Depuis quelques années, la Suède est en proie à une augmentation des actes violents plus ou moins directement liés à la présence musulmane ou à l’immigration en général. Tout comme la France, la Suède a vécu ses épisodes d’émeutes dans les banlieues. Ces émeutes ont eu lieu dans les villes et quartiers reconnus justement pour avoir un fort taux d’immigrants. La ville de Malmö, une des villes les plus cosmopolites du pays, a connu des épisodes d’émeutes à la fin avril 2010 dans le district de Rosengärd. On rapporte que les émeutes ont nécessités l’intervention d’une cinquantaine de policiers ainsi que l’aide des pompiers afin de maîtriser entre autres les quelques incendies provoqués.[21] Outre ces émeutes, la ville de Malmö s’est retrouvée aux prises avec une montée de l’anti-sémitisme de la part de certains musulmans. Un membre de la communauté juive de Malmö, Fredrik Sieradzki, avait déclaré aux médias suédois en 2010 que « les menaces à l’encontre des juifs avaient considérablement augmentés durant la dernière année et que plusieurs familles juives avaient choisis de quitter la ville ».[22] On rapporte également qu’au moins 79 crimes contre des résidents juifs ont été commis en 2009 seulement à Malmö.[23] En plus des tensions entre juifs et musulmans, Malmö est devenue, durant l’année 2010, le théâtre de plusieurs fusillades visant des immigrants.[24] [25]

La banlieue de Stockholm a eu aussi son lot de violence lors que des émeutes ont éclatés dans la petite municipalité de Rinkeby. Au début du mois de juin 2010, une centaine de jeunes s’en seraient pris à un commissariat de police et aurait provoqués plusieurs incendies dont un dans un établissement scolaire. Tout comme Malmö, la ville de Rinkeby est reconnue pour avoir une des plus grandes communautés d’immigrants de toute la Suède.[26] Le premier ministre suédois, Fredrik Reinfeldt, a déclaré que les émeutes de Rinkeby étaient un signe que la société ne fonctionnait pas bien pour tout le monde.[27] Stockholm n’était toutefois pas au bout de ses peines. En décembre 2010, la ville est victime d’un attentat-suicide.[28] Heureusement pour les habitants de la ville, cet attentat fut un échec et ne fit comme victime que le kamikaze lui-même, un dénommé Taibour Abdulwahab[29].

Un autre épisode célèbre, plus directement relié aux musulmans, est l’agressions commis à l’endroit du controversé caricaturiste Lars Vilks durant une conférence où il présentait l’extrait d’un film produit par un artiste iranien à propos de l’islam et de l’homosexualité.[30] [31] La présentation a eu lieu devant un auditoire composé en grande partie de musulmans, hommes et femmes, venus vraisemblablement en guise de protestation. Dès que la présentation du film a débuté, quelques personnes sortis de l’auditoire se sont précipités sur le caricaturiste afin de la tabasser. Heureusement, Vilks s’en est sorti indemne, la police l’ayant évacué de la pièce rapidement. Lars Vilks ne fut toutefois pas à sa première provocation à l’endroit des musulmans. Durant la foulée des caricatures du prophète au Danemark, Vilks avait produits des dessins représentant des « chiens de rond points » avec la tête du prophète de l’islam.[32] Ceci lui avait d’ailleurs valu plusieurs menaces de mort de la part d’extrémistes. Il n’est donc pas étonnant de constater que le kamikaze de l’attentat de Stockholm l’ait visé dans un courriel envoyé aux autorités quelques minutes avant sont geste fatal.[33]

Un sondage récent du Conseil National Suédois pour la prévention des Crimes publiée par le journal suédois The Local le 10 février 2011 affirme que les crimes visant les immigrants ont augmentés durant la dernière année. On raconte également que les immigrants se sentiraient moins en sécurité qu’auparavant et qu’ils auraient moins confiance au système judiciaire du pays que la population en général.[34] L’article du journal poursuit en spécifiant que 24% des immigrants interrogés par ce sondage disaient craindre pour leur sécurité comparativement à 13% pour ceux qui sont nés en Suède.[35] Il serait cependant trop facile d’associer ce sondage directement aux évènements des dernières années. En effet, l’article stipule que le pourcentage d’immigrants craignant pour leur sécurité était nettement plus élevé lors d’un sondage similaire produit en 2005. Ceci témoigne toutefois, tout comme les émeutes de Rinkeby, de l’imperfection de la société pour tous soulignée par le premier ministre Reinfeld. Le défi qui attend les Suédois est grand, et l’arrivée au parlement des démocrates suédois risque, aux yeux de certains, d’envenimer les choses.

Le parti démocrate suédois et la montée de l’extrême droite

            Le parti démocrate suédois est un parti d’extrême droite existant depuis 1988. Les récents évènements attribués à l’immigration et surtout aux musulmans a contribué à leur capital de sympathie au sein d’un certain courant nationaliste ce qui leur a permis d’entrer pour la première fois au parlement lors des dernières élections législatives. Ils se sont d’ailleurs fait remarqués lors de ces élections par une publicité controversée et ouvertement islamophobe. La publicité relate les problèmes budgétaires du pays en mettant en scène deux fonctionnaires compilant de l’argent. Un d’eux est en charge de la caisse de retraite tandis que l’autre est au service de l’immigration. La pub nous montre ensuite une dame âgée marchant péniblement à l’aide d’un déambulateur et tentant désespérément de gagner une course contre une armée de femmes en burqa poussant des landaus. Le message de cette pub invite le téléspectateur à choisir entre couper dans le financement de l’immigration ou celui de la retraite.[36][37] Cette publicité va de pair avec l’idéologie de ce parti qui vise, non seulement l’immigration, mais particulièrement les musulmans qui sont systématiquement accusés de menacer le système en place.

Les démocrates suédois, dirigés actuellement par Jimmie Äkesson sont nationalistes ouvertement xénophobes et visent tout particulièrement l’islam. Le numéro deux du parti, Björn Söder avait également affirmé craindre une révolution islamique en Suède. C’est en quelque sorte la tactique utilisée par ce parti pour tenter d’obtenir des votes. Bien que statistiquement, la crainte d’une révolution islamique en Suède soit totalement farfelue (Une révolution est bien difficile à faire avec seulement 5% de la population qui est musulmane), c’est ce genre de déclaration, mêlé à une ignorance au sujet de l’islam en général, qui peut enflammer l’opinion publique et créer des tensions interethniques et interreligieuses au sein de la société. Il n’en reste pas moins que le parti démocrate suédois a fini par faire son entrée au parlement suite aux élections législatives du 19 septembre 2010 avec 5,8% des suffrages.[38] Cette progression des démocrates suédois a d’ailleurs été dénoncée par le premier ministre Fredrik Reinfeldt, nouvellement minoritaire au parlement, qui décrit le programme des démocrates suédois comme étant « xénophobe et populiste ».

Le parti a été l’objet de quelques controverses suite à leur entrée au parlement. Tout d’abord, un article du journal The Local publié le 2 février 2011 rapporte qu’un député du parti d’extrême droite aurait rédigé des courriels a caractère raciste jetant le blâme sur les immigrants quant à l’insalubrité de certains appartements dans les banlieues défavorisés.[39] Ce courriel dépeignait d’ailleurs la plupart des immigrants comme étant des personnes ignorantes ayant un manque de culture. Le porte-parole du parti, Martin Kinnunen a toutefois condamné ces allégations. Dans le même ordre d’idée, un autre membre du parti, Isak Nygren, aurait fait des déclarations critiquant le métissage entre différentes ethnies. Nygren, qui se décrit pourtant comme une « anti-raciste actif», avait également fait des allégations controversés en déclarant que l’islam était un « culte pédophile violent » et aurait fait parti de mouvements néo-nazis d’après le magazine Expo.[40]

Conclusion

            Bien que son système social soit radicalement différent de celui de la France. Force est de constater que la Suède fait actuellement face à des problèmes similaires. Elle est, tout comme la France, aux prises avec les problèmes des banlieues et la montée d’un parti d’extrême droite comme les démocrates suédois ne fait qu’illustrer une certaine intolérance de la part d’une partie de la population. Le visage du pays a considérablement changé depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, où la Suède est passé d’un pays d’émigration à un pays d’immigration. Ainsi, la complexification du paysage religieux due en grande partie par l’immigration a mené le pays à se réformer pour adopter un modèle de laïcité ouverte très proche du modèle libéral de Rawls, plus connu ici sous le nom de « multiculturalisme ». Toutefois, on se doit de constater que cette laïcité ne signifie pas que la société se soit dépourvue de la religion, bien au contraire. La laïcité suédoise se veut plutôt ouverte à toutes les religions et de ce fait, plusieurs communautés religieuses ont bénéficié du système des écoles gratuites pour établir des écoles confessionnelles. Le modèle de laïcité suédois ne signifie donc pas une sortie de la religion dans l’espace publique mais garantie plutôt qu’aucune religion ne détienne le monopole. Ce système va de pair avec la vision anglo-saxonne voulant protéger la religion des abus de l’État, contrairement au modèle français qui protège l’État contre les abus de la religion. Ce modèle, tout comme le modèle républicain, est loin d’être parfait et fait face, comme plusieurs pays occidentaux, à de nombreux problèmes, tout comme il l’a été démontré dans ici. Cette observation nous amène donc à constater que ni la position libérale, ni la position républicaine ne semble représenter une solution sans faille quant à la question de la laïcité. Il serait probablement opportun de repenser un nouveau système afin de mieux faire face aux défis du futur mais il est certain que la tâche sera loin d’être facile.

 


[1] Bureau central de la statistique de Suède, http://www.scb.se/BE0101-EN

[2] Un œil sur la planète, diffusé sur France 2 le 13 septembre 2010.

[4] Un œil sur la planète, diffusé sur France 2 le 13 septembre 2010.

[5] « Affaire d’Églises, affaires d’État », Journal L’Express, publié le 23 décembre 1999

[6] Jacob Antoine, « L’État et l’Église coupent le cordon », Le monde des religions no. 7, Publié le 1er septembre 2004

[7] Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe, Le port des signes religieux en Europe, Mars 2007, disponible sur http://eurel.info/telechargement/EU_signes%20religieux.pdf

[8] Un œil sur la planète, diffusé sur France 2 le 13 septembre 2010.

[10] David Landes, « Islam ‘Sweden’s biggest threat’: far right leader », The Local, publié le 19 octobre 2010.

[11] « Sweden tries to reign religion at free schools », The Local, publié le 6 octobre 2010.

[12] Ibid.

[13] Reportage de CBN News, diffusé le 12 mars 2009.

[16] David Landes, « Sweden’s new Halal-TVcourts controversy », The Local, publié le 4 novembre 2008.

[17] Ibid.

[18] Stéphane Plasse, « Halal TV : l’émission qui refroidit les Suédois », Afrik.com, publié le 18 novembre 2008.

[19] Ibid.

[20] Stéphane Plasse, « Halal TV : l’émission qui refroidit les Suédois », Afrik.com, publié le 18 novembre 2008.

[21] TT/The Local, « Fires and rioting after Malmö suburb unrest », The Local, publié le 29 avril 2010.

[22] David Landes, « Jews flee Malmö as anti-semitism grows», The Local, publié le 27 janvier 2010.

[23] Ibid.

[24] TT/AFP/The Local, « Malmö shooter targeting immigrants : police », The Local, publié le 20 octobre 2010.

[26] AFP, « Suède, deuxième nuit d’émeutes dans une banlieue défavorisée de Stockholm », RTL info, publié le 9 juin 2010.

[27] TT/The Local, « Man arrested over Rinkeby riots », The Local, publié le 9 juin 2010.

[28] AFP, «Attentat-suicide rate dans le centre-ville de Stockholm », Le Point, publié le 12 décembre 2010.

[29] TT/The Local/pvs, « ‘Stockholm bomber was alone’: Swedish police», The Local, publié le 9 mars 2011.

[30] Olivier Truc, « L’artiste suédois Lars Vilks agressé lors d’une conférence sur la liberté d’expression », Le Monde, publié le 12 mai 2010.

[31] La scène peut être vue en intégrale avec sous-titre anglais sur http://www.youtube.com/watch?v=s2IHnWY-i6Y

[32] Olivier Truc, « L’artiste suédois Lars Vilks agressé lors d’une conférence sur la liberté d’expression », Le Monde, publié le 12 mai 2010.

[33] AFP, «Attentat-suicide rate dans le centre-ville de Stockholm », Le Point, publié le 12 décembre 2010.

[34] TT/David Landes, « Immigrants in Sweden feel less safe : study », The Local, publié le 10 février 2011.

[35] Ibid.

[36] Olivier Truc, « Lextrême droite suédoise s’envole sur fond de censure télévisée », Le Monde, publié le 19 septembre 2010.

[38] AFP, « L’extrême-droite fait son entrée au parlement suédois », Le Figaro, publié le 20 septembre 2010.

[39] TT/The Local/dl, « Sweden democrat in racist email controversy », The Local, publié le 2 février 2011.

[40] TT/The Local/dl, « Sweden democrat criticize ‘race mixing’ », The Local, publié le 13 février 2011.

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