Archives mensuelles : avril 2012

Opération « Risée Frisée »

Jean Charest a pris une décision qui sera lourde de conséquences aujourd’hui : il croit désormais qu’il est de bon ton de rire du peuple québécois avec la mafia qui lui a acheté ses élections.

Étant un escroc très habile, Charest sait que l’humour est une arme politique redoutable. Le hic, c’est que personne ne trouve ça drôle, sinon la pègre qui finance le parti libéral.

Puisque Jean Charest rit de nous, rions de Jean Charest.

Rions de lui en toute occasion, pour n’importe quelle raison. Rions de lui tout le temps, sur toutes les tribunes, sans le moindre discernement. Rions de lui jusqu’à la fin de son mandat, rions de lui pendant les prochaines élections, rions de lui quand il les perdra. Quand la commission Charbonneau l’éclaboussera, Charest entendra le terrible ricanement populaire qui le suivra comme un acouphène.

Je propose au mouvement étudiant de mettre à profit les trésors de créativité et d’irrévérence qui l’animent pour se foutre royalement de la gueule du premier ministre actuel. Caricatures, vidéos, chansons, affiches, memes, sketchs…n’importe quoi, n’importe quand, n’importe comment.

Jean Charest n’a pas de problème avec l’humour vulgaire ciblant des ennemis politiques? Prouvons-lui qu’on peut, nous aussi, être drôle en tabarnac.

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Martineau, Lagacé et le chat de Schrödinger

Je ne comprends rien à la physique quantique. Parlez-moi d’intrication ou de dualité onde-particule, mes yeux se mettront à loucher et mon corps produira des microdémangeaisons que le premier synérgologue venue saura traduire par un subtil malaise qui m’englobe tout entier. On aura beau m’expliquer quarante fois la fameuse expérience d’ Erwin Schrödinger, je ne comprends pas pourquoi le satané chat est à la fois mort et vivant, suivant le principe des états superposés. Mon père me l’a déjà expliqué, je peux donc aussi l’expliquer, mais je ne comprends toujours pas. Même la physique classique me paraît parfois insaisissable.

Les gens, en général, s’entendent pour dire que la physique c’est pour les physiciens. Bien comprendre la théorie de la relativité restreinte implique au minimum qu’on soit au faite des travaux d’Einstein et de Point-Carré. Chose étrange, quand il s’agit de politique, c’est une tout autre histoire. Il semblerait que le fait de suivre la politique dans les journaux et à la télé soit suffisant pour émettre des propos sérieux et réfléchis sur la chose politique. Je dois cependant mettre un bémol à cette idée reçue: s’il faut reconnaître qu’il s’agit d’une condition nécessaire, il faut avoir l’honnêteté de dire que ce n’est pas une condition suffisante. On a tendance à oublier qu’un professeur de philosophie c’est quelqu’un qui a passé une sacrée bonne partie de sa vie à lire les philosophes et à jouer avec les concepts, qu’un historien connaît l’histoire et qu’un sociologue comprend mieux que n’importe qui les dynamiques de groupes restreints et la nature des actions coercitives que la société exerce sur les consciences individuelles. Pour l’agrégé de science-po, il n’en va pas autrement.

Depuis la république de Platon, beaucoup sont ceux qui ont tenté de comprendre ce que sont la cité, la citoyenneté, le bien commun, la tyrannie, la démocratie, le pouvoir, le peuple, la justice, les lois. De grands esprits ont écrit de grands livres, mais à une époque où l’on place ses parents en centre pour personnes âgées, peut-on s’attendre à ce que l’on s’intéresse à ce que Hegel a pu écrire sur le droit, et à ce que Toqueville avait à dire sur la démocratie? Je pense sérieusement qu’il y a quelque chose qui cloche dans une société quand les forces policières investissent les campus pour menotter un vieux prof. Comme le disait Paul Desalmand « On a toujours brûlé des livres. Et, généralement, on n’a pas tardé ensuite à brûler des êtres humains ». N’allez pas croire que je crie au fascisme, mais force m’est de reconnaître que l’éducation et la tolérance n’ont jamais été dans les bonnes grâces des régimes totalitaires. On pourra bien me traiter d’élitiste, je persiste à croire que tout le monde gagnerait à s’instruire auprès des instruits.

J’aimerais lire un chroniqueur qui sache nous faire rire et nous divertir en écrivant sur son voisin, sur ses bas sales, sur ses chicanes de couple ou, comme Foglia, sur un bon livre ou sur les souvenirs de jeunesse que lui procure sa tasse de thé. Lorsqu’on lui demanderait pourquoi il n’écrit pas sur les phénomènes relevant de la sociopolitique, il dirait avec la franchise de l’homme humble: « mon opinion ne vaut pas mieux que la vôtre, allez à l’université, discutez avec les gens, vous aurez des réponses à vos interrogations ».

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En grève jusqu’à la découverte de l’Atlantide

Hier, j’assistais à ma première assemblée générale de l’AFESH. Je sais, je sais… « T’aurais dû y aller avant », « ça nous concerne tous », « putain de réformiste », alouette. En vérité, je me suis surtout impliqué au niveau de mon département depuis le début de mon bac, ne voyant pas trop ce que j’aurais été foutre à la séance d’expression corporelle légendaire de mon association facultaire. 24 heures après la levée de l’assemblée, je me pose toujours la question.

Comme certains d’entre vous le savent, je caressais le projet de soumettre une proposition visant à précipiter la chute du gouvernement Charest tout en favorisant une résolution rapide du conflit (je vous invite à consulter la version va-comme-je-te-pousse ici et la version formelle ici). Comme le disais François Pignon, j’ai fait la boulette. Ma proposition ne fut pas battue, c’est bien pire : je ne l’ai pas présenté.

Je me suis fait avoir comme le débutant que j’étais et le blâme me revient entièrement. J’ai pris pour acquis, allez savoir pourquoi, que ce type de rassemblement était régi par une certaine forme d’étiquette, une entente tacite de savoir-proposer et de savoir-écouter qui garantissait à tous le loisir de se prononcer dans le respect du nombre (i.e. « J’ai dit ce que j’avais à dire et les gens comprennent ma position. Comme je n’ai rien d’intéressant à rajouter, je vais me taire et laisser mes pairs se prononcer »).Pourtant, alors que la masse hébétée dont je faisais résolument partie écoutait, médusée, la propagande moralisatrice qu’on lui forçait de se taper avant de pouvoir voter, une petite brigade d’émotifs saltimbanques verbomoteurs qui, eux, contrairement aux autres je suppose, « ont des rêves », guidait habilement le débat vers l’adoption nécessaire d’un mandat de grève jusqu’à l’obtention de la gratuité scolaire. De la gratuité scolaire.

Allez savoir comment, ça a marché.

Dans ce contexte, après une décision aussi étrange, aussi anti-pragmatique et politiquement suicidaire, je trouvais complètement incohérent de rajouter « ou jusqu’au déclenchement des élections » à la proposition de maintien de la grève. Proposer une issue politique au conflit ne se défend, d’après moi, que lorsqu’on se montre ferme dans nos revendications économiques, pas quand on les remplace par la position de la ligue crypto-bakouniniste de Saint-Alphonse-de-Rodriguez. Camarades gratuitistes de combat, vous êtes désormais, avec les firmes de génie-conseil et Power Corp, les meilleurs alliés de Jean Charest pour la prochaine campagne électorale. Chapeau bas!

Pourtant, sachez que je suis totalement en faveur de la gratuité scolaire. Inconditionnellement! Je suis également résolument pour le maintien de la grève. N’empêche, je suis d’abord et avant tout en faveur de la victoire et d’une résolution aussi rapide que satisfaisante du conflit. Je maintiens que nous ne pourrons jamais faire le moindre gain en dialoguant avec le gouvernement actuel et que la meilleure option qui s’offre à nous est de le faire tomber.

Alors, pour revenir à cette proposition, j’ai fait le choix de ne pas la présenter sous forme d’amendement, mais plutôt de la présenter dans une version édulcorée où le déclanchement des élections menait à un vote de non-reconduction de la grève et non à un retour en classe automatique. Dans cette forme, ma proposition n’avait peut-être plus le mordant de l’originale, mais elle pouvait, sait-on, faire son chemin quand même. Résolu, j’ai attendu. Et attendu. Les propositions, amendements et sous-amendements ce sont lentement écoulés comme des gouttes d’eau qui, au fil des heures, ont commencé à me fendre le crâne. J’avais mal à la tête. Puis, six heure et demi après le début prévu de l’assemblée (12h00), un ajournement (ou une levée, je ne me souviens plus, sinon d’un écho distant qui soufflait que ce n’était pas la même chose) fut voté. J’ai voté pour. J’étais comme mort. Chapeau bas.

Peut-être que le temps est venu de fonder l’aile pataphysique de l’AFESH. Ce serait complètement impertinent, mais ça nous permettrait de rigoler de temps en temps :

« Je propose le maintien de la grève jusqu’à la découverte de l’Atlantide. »

« Je propose le maintien de la grève jusqu’au Ragnarok. »

« Je propose le maintien de la grève jusqu’à ce que le gouvernement installe une statue de Normand Béthune haute de 30 mètres en plein centre de la chambre des communes. »

« Je propose le maintien de la grève jusqu’à l’instauration de la gratuité scolaire pour tous les peuples de la galaxie. ».

Je délire ferme, excusez-moi. Je ne cherche à heurter personne avec ce message, mais il est vrai que je suis déçu parce que je veux que l’on fasse des gains et j’ai l’impression que le vote d’hier nous conduit tout droit dans le mur. Certains diront que je n’avais qu’à le dire au micro et ils auront raison. C’était à moi de venir avant pour comprendre les rouages de votre démocratie.

Toutefois, si des gens souhaitent le faire, il n’est pas trop tard (bien que le temps presse) pour soumettre la proposition à d’autres associations facultaires (plusieurs personnes m’ont dit qu’ils le feraient dans la leur). Avec un plancher d’étudiants qui supportent la proposition, qui sait, peut-être que nous serions en mesure de faire prendre au débat une tournure inattendue…

Eric Lécuyer

Membre du comité exécutif de l’association des étudiantEs en sciences des religions

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Proposition formelle menant à la chute du gouvernement Charest

Lundi, le 16 avril 2012, je soumettrai la proposition suivante lors de l’assemblée générale de l’AFESH. Il s’agit d’une schématisation formelle de l’idée que j’ai évoquée dans un article précédent. Si vous souhaitez présenter ce type de proposition lors de vos assemblées générales respectives, je vous invite à utiliser le texte suivant en y apportant, si vous le jugez nécessaire, des modifications. Avant de procéder, je tiens à remercier tous les gens qui ont témoigné leur intérêt pour cette proposition. Vos nombreux commentaires furent très appréciés!

Proposition menant à la chute du gouvernement Charest

Considérant que le mouvement étudiant gagnerait à maintenir fermement sa position à propos du gel des frais de scolarité tout en offrant une solution pour résoudre le conflit.

Considérant qu’utiliser l’élément de surprise pour attaquer ses adversaires là où ils sont le plus vulnérable constitue nécessairement une excellente stratégie.

Considérant que le gouvernement Charest est fortement lié à un nombre croissant de cas de corruption, de trafic d’influence et de fraude électorale bien documentés et soutenus par des témoins directs.

Considérant que l’insatisfaction de la population québécoise concernant les orientations du gouvernement actuel atteint des sommets historiques et que le déclenchement d’élections au cours des prochains jours précipiterait sa défaite.

Considérant que le mouvement étudiant ne doit s’attendre à aucune manifestation de bonne volonté venant de dirigeants qui n’ont plus la légitimité nécessaire pour gouverner.

Considérant que l’adoption d’une position claire à la fois contre la hausse des frais de scolarité et contre la présence du gouvernement Charest à l’Assemblée Nationale attirerait, encore plus qu’à présent, la sympathie de l’opinion publique – ce qui inclut aussi sa frange la plus réfractaire à la grève ou au gel – envers le mouvement étudiant, décuplant implicitement son rapport de force avec le gouvernement.

Considérant qu’il n’existe aucune démonstration de force plus magistrale pour un mouvement social que de faire tomber un gouvernement.

Il est proposé que les membres de l’AFESH maintiennent fermement leur position en regard au gel des frais de scolarité tout en acceptant de mettre fin à la grève sans délai si le gouvernement Charest déclenche des élections générales au Québec.

Encore une fois, je vous invite à diffuser massivement cette proposition si elle vous parait audacieuse et efficace. Ensemble, prenons la liberté de montrer la sortie au gouvernement Charest!

Eric Lécuyer

Membre du comité exécutif du département de sciences des religions

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Une solution philosophico-politique

«  Considère comme un ennemi public quiconque hait le peuple. »

– Cléobule de Lindos

Le texte qui suit concerne une proposition de résolution de conflit sur la hausse des frais de scolarité. Cette proposition a été formulée dans un texte de mon camarade et ami Éric Lecuyer, texte ayant pour titre « proposition menant à une résolution immédiate du conflit étudiant ». Je tenterai pour ma part de faire valoir l’intérêt particulier que représente cette option ainsi que l’originalité de la démarche, en tant que dépassement de la contradiction interne au conflit, par une brève analyse de son contenu. Je parlerai, pour l’essentiel, de violence symbolique et de principe dialectique.

Parce qu’il a été porté au pouvoir par un nombre de partisans moindre que le nombre d’abstentionnistes complètement désabusés que l’on ne compte plus dans la province, et parce qu’il a sciemment oublié que l’idée de démocratie implique un minimum de dialogue avec le peuple dans la gestion des affaires étatiques, le gouvernement Charest doit impérativement, et depuis toujours, nous convaincre qu’il est légitime, tant dans son être que dans ses actes. Tel est le cas dans à peu près tous les ministères libéraux, celui de l’éducation, des loisirs et du sport n’y faisant pas exception.

Le problème de légitimation du gouvernement pour instaurer l’ordre dans la société qu’il prétend défendre passe d’abord par la légitimation de l’ordre symbolique. Le gouvernement tente de légitimer l’ordre symbolique qui est le sien propre afin d’incorporer les nouvelles générations (la jeunesse étudiante) au monde socialement objectivé (libéralisme économique étendu à toutes les sphères de la société), et ainsi maintenir l’ordre social au sein de la communauté. L’abstraction de la juste part s’inscrit alors comme violence symbolique lorsque le gouvernement se fait l’apôtre d’une justice que jamais il ne définit, et qu’il pose cette juste part comme une objectivité incontournable. C’est cette même objectivité incontournable que l’on a pu repérer dans le discours d’Alain Bourdages, inspecteur-chef de la planification opérationnelle au SPVM: « On considère les gaz lacrymogènes moins dangereux pour la sécurité des policiers et des manifestants que les contacts physiques comme les coups de bâton ». Bien sûr, les coups de bâton sont plus dangereux, mais pourquoi le bâton est-il proposé comme étalon de mesure, comme nécessité immuable, comme allant de soi? N’est-ce pas ici l’État comme détenteur du monopole de la violence légitime qui est à l’oeuvre? Il faut bien comprendre, pour pouvoir évaluer les possibilités réelles de gagner au bras de fer avec le gouvernement, qu’avant même l’annonce de la hausse des frais de scolarité, nous étions déjà pris, malgré nous, dans l’univers des modalités économiques imposé par la toute-puissance du marché concurrentiel promu par le capitalisme monopoliste d’État.

Considérons l’imposition de la hausse des frais de scolarité comme la thèse, et la grève étudiante comme l’antithèse d’une dialectique qui, dès l’annonce de la hausse des 1625$, a insidieusement pris place sur le terrain de l’économie. Les deux termes (thèse et antithèse) ne relèvent que de l’esprit de contradiction. Ce premier mouvement de la dialectique (se poser en s’opposant) est, fondamentalement, un conservatisme qui exige la répétition conflictuelle en tant que refus de la dépasser: les deux positions idéologiques sont dualité, mais aussi complémentarité. Lecuyer propose une solution visant le plus rapidement possible à mettre fin à cette relation d’engendrement réciproque de la thèse et de l’antithèse où les chiffres de l’un se voient contredits par les chiffres de l’autre, encore, toujours et ainsi de suite, nonobstant la rigueur des études avancées par certains spécialistes particulièrement bien informés.

Tant que durera la grève, on ne peut s’attendre qu’à un petit gain substantiel ou à une perte. Tant que durera la grève, les médias délaisseront la question du Plan nord, des gaz de schiste, de la corruption et de la collusion pour déplorer le triste sort d’une fameuse paire de lunettes ministérielles ou pour vanter quelques slogans puisés ça et là dans la rue. C’est là, bien malgré nous, un conflit qui profite politiquement au gouvernement, si tant est qu’il soit toujours au pouvoir. La volonté de faire éclater les bornes imposées et de rentrer avec force sur le terrain politique (en tant que seule opération synthétique pouvant dépasser la contradiction interne au conflit) me semble être la plus intéressante solution et, avant tout, la plus citoyenne.

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Proposition menant à une résolution immédiate du conflit étudiant

Le mouvement étudiant et le gouvernement de Jean Charest sont présentement dans une impasse. Comme aucune des deux parties n’est prête à revenir sur ses positions en regard à la hausse des frais de scolarité, nous pouvons présumer qu’aucune négociation d’ordre économique ne puisse porter fruit. Ce faisant, il est impératif de trouver une solution satisfaisante en dehors d’un cadre strictement financier en forçant le gouvernement à négocier sur un tout autre terrain.

En ce sens, notre proposition offre une issue strictement politique au conflit : quand le gouvernement refuse d’écouter la population qu’il a le devoir de représenter, la population a le devoir de changer de gouvernement. Nous devons cesser de perdre notre temps à essayer de négocier avec des dirigeants outrageusement corrompus, vendus aux compagnies d’asphalte, aux firmes de génie-conseil ainsi qu’aux autres grands argentiers du parti.

Notre proposition va précisément dans cette voie :

L’ensemble de la communauté étudiante en grève accepte de retourner en classe immédiatement après le déclanchement d’élections générales au Québec.

Voyons maintenant ce que notre proposition implique.

Le gouvernement sera sérieusement mis dans l’embarras. Le mouvement étudiant offrirait à Jean Charest la possibilité de mettre fin à la grève instantanément en mettant ses sièges en jeu. S’il accepte, il entrera en période électorale dans les pires conditions imaginables, étant détesté par une écrasante majorité de l’électorat et devant composer avec la prémisse d’un certain printemps québécois. Les étudiants seront également en mesure de canaliser l’énergie de leur mouvement dans des actions servant à contrer une hypothétique réélection de Jean Charest.

Or, si ce dernier refuse, il démontrera incontestablement la faiblesse de sa position. Tous pourront alors constater qu’il n’est rien d’autre qu’un poltron qui s’agrippe obstinément au pouvoir sans l’accord de la population. La grève continuerait, les infrastructures seraient encore quotidiennement bloquées et des fonds publics seraient toujours dilapidés pour payer les mercenaires gazeurs de foules. Avec notre proposition sur la table, la collectivité québécoise aura tôt fait de demander des élections au plus vite, à la fois pour mettre fin à la grève et pour montrer la porte au gouvernement Charest.

Vous aurez compris qu’il s’agit d’un pari qui nous condamne à la victoire. Nous pouvons à la fois maintenir fermement nos revendications, retourner en classe et changer de gouvernement. Avec l’atmosphère d’effervescence printanière qui a cours actuellement au Québec, nous pourrions difficilement imaginer un meilleur timing pour le déclenchement d’une élection générale. Jean Charest le sait et c’est pour cette raison qu’il tente de repousser à son ultime limite la date du scrutin. Obligeons-le à tester la volonté du peuple!

Si cette proposition vous interpelle, si vous pensez, comme nous, qu’il s’agit de la seule solution qui puisse nous faire sortir du conflit la tête haute, nous vous invitons à la propager partout autour de vous et à en proposer l’adoption dans vos assemblées générales respectives.

Nous vaincrons,

Eric Lécuyer

Membre du comité exécutif du département de sciences des religions de l’UQÀM

Retour sur l’assemblée de l’AFESH

Vous pouvez consulter la proposition officielle ici.

Je vous invite aussi à lire « Une solution philosophico-politique » par Marc-Antoine Fournelle

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Que le changement soit

Aujourd’hui et pour une énième fois depuis le début de notre grève, au cours d’une conversation animée à propos de la corruption et la mauvaise gestion gouvernementale, je me suis fait servir cette ritournelle bien connue : « La corruption, la mauvaise gestion, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. On ne peut rien y faire. Vous les jeunes, faut pas trop en demander, parce que vous allez voir en vieillissant qu’il est impossible de changer le monde. »

Ils sont effectivement nombreux et nombreuses à nous avoir précédés dans cette société qui, du point de vue de leur expérience citoyenne, en sont arrivés à la triste conclusion qu’il est impossible de changer le monde. Ce fatalisme, imposé à la manière d’une sagesse ancestrale ou d’une loi naturelle, s’accompagne le plus souvent d’allusions à nos idéaux utopiques de jeunes insouciants, nous qui finirons pourtant, comme tout le monde, par nous ramollir, lâcher prise et, tant bien que mal, nous faire au moule et finir par nous y sentir à l’aise.

Je ne peux que m’interroger sur les raisons qui font que cette morale à deux sous a le don de m’irriter au plus vif. Pourquoi, en effet, ces propos ont-ils pour effet de provoquer chez moi un refus viscéral qui a tout à voir avec l’instinct de survie?

***

J’ai le souvenir flou mais pourtant vivace de la peine creusant les visages de mes parents au lendemain de l’échec référendaire de 1995. J’avais 10 ans et bien peu de repères pour comprendre l’importance déchirante de ce moment. Je savais pourtant dans mon cœur de petite fille que l’heure était aussi grave que mes parents dévastés. Je n’ai compris que plus tard l’ampleur du désastre émotif. Ma mère et mon père ne m’ont jamais parlé de politique. Ils ont continué à voter pour le moins pire des partis, mais sans jamais y mettre du cœur, sa jamais oser se laisser gagner par le moindre souffle d’idéal. Même que lorsque j’ai commencé à développer par moi même un certain intérêt pour la réflexion politique et l’engagement citoyen, ils ont jugé bon de me mettre en garde contre l’abus d’espoir et d’idéal, probablement dans le but de m’éviter les désillusions qu’ils ont eux mêmes eu à encaisser.

J’ai aujourd’hui beaucoup plus d’outils pour comprendre le désarroi de la génération qui m’a précédée. Face aux espoirs fracassés, il semble que c’est toute une collectivité qui a jeté l’éponge, retirant du coup sa confiance envers les processus démocratiques et les initiatives citoyennes. Les luttes visant la construction d’une société meilleure ont perdu à ce moment leur sens fondamental; elles ne pouvaient désormais qu’être menées en vain. Je comprends aussi mieux maintenant comment l’avènement la société de marché mondialisée est venue enrober cette blessure, l’apaiser à la manière d’une drogue insidieuse, alors que sur les décombres référendaires continuait de s’effriter le tissus social québécois. Tant et si bien que malgré la proximité quotidienne, les gens se sont sentis de plus en plus isolés et impuissants face à l’empire grandissant de l’individualisme et de la consommation de masse. La blessure est encore douloureuse au cœur de bien des nôtres. Je comprends intimement la peine et le repli qu’elle a pu engendrer.

Il reste que pendant que les citoyen.ne.s souverainistes pansaient dans un coin leur blessure collective, pendant qu’une part importante de la population se détournait de la politique active et revendicatrice pour se berçer aux refrains nostalgiques du PQ (« Mais nous, nous serons morts mon frèèèèèèreeeeee…. »), nos institutions politiques se sont vues désertées par celles et ceux qui en faisaient toute la valeur démocratique. Pire : celles-ci se sont vues accaparées par les multinationales, les compagnies exploiteuses de ressources (humaines et naturelles) et la mafia. C’est ainsi que des minorités menées par leurs intérêts financiers se sont vues abandonnées pratiquement toutes les commandes du navire collectif.

***

À en croire plusieurs, il nous faudrait, nous, les jeunes, faire nôtres le fatalisme et les désillusions de celles et ceux qui nous ont précédés, être « raisonnables » et baisser les bras avant même d’avoir débuté le combat. Il nous faudrait hériter d’institutions politiques dysfonctionnelles et parasitées en acceptant que nous ne pouvons rien y changer. Bref, il nous faudrait accepter de reproduire sans broncher ce modèle d’une citoyenneté « cassée » et passive, réduite à sa seule fonction électorale.

Si j’avais eu à digérer deux échecs référendaires et l’âge d’or de la société de consommation, j’aurais probablement, moi aussi, renoncé à mes idéaux politiques pour investir mon cœur et mon âme dans mes REER. Mais ce vécu pour le moins traumatisant n’est heureusement pas le mien. Politisée au sein de la gauche altermondialiste, écologiste et libertaire, informée aux médias indépendants, formée en sociologie et en anthropologie, mon court chemin de vie m’a ouvert des perspectives bien différentes sur l’infinité des possibles s’offrant à notre société.

Mes études m’ont rapidement ouvert les yeux sur la nature purement idéologique du modèle néolibéral, qui se présente pourtant comme la seule voie d’évolution possible. L’anthropologie a depuis longtemps mis en lumière l’omniprésence, dans l’histoire humaine, de sociétés se fondant sur d’autres principes que celui de la prédominance de l’économique sur les autre sphères du social. Même dans la société la plus consumériste, ils sont immenses, les domaines de l’existence humaine qui échappent au strict calcul économique. Elles sont rares, les personnes qui abordent la question de leur « valeurs » dans une pure optique de profit et de productivité. Pourtant, ces valeurs orientent jour après jour les choix de chacun, au point où ils finissent bien souvent par colorer le parcours de toute une vie.

La sociologie enseigne fondamentalement que les citoyen.ne.s sont les principaux acteurs et créateurs de leur société, en ce qu’ils reproduisent plus ou moins fidèlement, selon le contexte, les modèles dont ils héritent. Ainsi, les sociétés sont avant tout le fruit des réflexions et des choix collectifs et non celui d’une fatalité qui fait que les gros, les riches, les puissants gagnent toujours depuis l’aube des temps. En leur temps, les mouvements contestataires portés par les esclaves, les noirs et les femmes se sont eux aussi fait servir ce refrain de perdant. À quoi ressemblerait notre monde s’ils y avaient crû? Nul ne peut nier aujourd’hui que leurs espoirs et leurs idéaux les ont mené quelque part, que le monde a réellement changé du fait de leurs luttes solidaires.

Une chose que j’ai apprise à m’impliquer au sein de groupes et des milieux plus radicalement politisés est la force immense de l’action collective. Seul, on vient rapidement à bout de nos ressources d’énergie et de motivation; l’impact de nos actes est limité. Ensemble, non seulement nous pouvons faire plus avec moins d’énergie individuelle, mais notre énergie et notre motivation se trouvent multipliées par l’appui et l’encouragement de celles et ceux avec qui nous engageons notre cœur et nos maigres moyens.

Ma vie quotidienne au sein du réseau alternatif québécois carbure aux solutions, aux collaborations et aux solidarités qui font la vie bonne et pleine de sens. Avec un revenu qui dépasse rarement les 10 000$ par année, je vis pourtant dans une abondance certaine, car si les sous se font parfois rares, les amitiés et les ressources, elles, ne manquent jamais. Tout de ma courte expérience de vie dément ce fatalisme et ce défaitisme que l’on voudrait me léguer.

***

Nous qui nourrissons cette grève de nos valeurs et de nos espoirs, n’avons pas mal à notre cœur citoyen, pas plus que nous ne redoutons la défaite. Au contraire, notre cœur est en fête et peu importe l’issue de la lutte, nous nous souviendrons toute notre vie de l’énergie engendrée par notre action collective. Nous nous souviendrons de ce sentiment indicible d’unité qui nous a saisis tout entiers lorsque par dizaines de milliers, nous avons posé ce même acte démocratique de s’allier au delà de nos différences pour une cause commune. Nous ne baisserons pas les bras, car nous avons intimement conscience de notre pouvoir citoyen. Chaque coup de matraque, chaque jet de poivre ou de gaz irritant, chaque arrestation arbitraire n’a pour effet que de semer et de faire grandir en nous la colère et l’énergie qu’il faut pour nourrir notre engagement social et politique pour toute notre existence à venir.

Dans la victoire comme dans la défaite, nous resterons amoureux de notre société. Nous deviendrons des avocats et des médecins populaires, des organisateurs communautaires, des professeurs philosophes, des maraîchers bios, des planteurs d’arbre, des journalistes et des cinéastes indépendants, des micro-économistes, voire, qui sait, des politiciens intègres. Nous resterons cohérents, incarnant nos valeurs dans chacun de nos choix de vie et de consommation. Nous ne baisserons pas les bras, jusqu’à ce que le changement soit!

À celles et ceux qui seraient tentés, dans le contexte ambiant, de se laisser sombrer dans le fatalisme et la désillusion, je dirais ceci : il suffit de dire non aux injustices et aux incohérences. Pas seul chez soi ou dans l’intimité peu compromettante d’une ligne ouverte ou d’un courrier du lecteur, mais ensemble, par nos choix et nos actes quotidiens, dans notre espace public, nos rues, nos parcs, nos institutions. Il suffit de s’impliquer, de se commette solidairement dans la sphère politique pour que tous les horizons, même les plus utopiques, nous soient à nouveau largement ouverts.

La démocratie, bien au delà du vote, est avant tout ce dialogue constant et fertile qui fait de la somme des citoyen.ne.s une entité sociale vivante qui nous transcende tout en habitant le plus intime de notre être. De s’impliquer ensemble dans des projets qui nous font la vie meilleure nous fera construire des liens sociaux d’une telle solidité qu’aucun gouvernement, aucune multinationale, aucune défaite référendaire ne pourra jamais les saborder. Plus encore : c’est par ce mouvement d’implication partant de la volonté consciente de chaque personne que ce projet de changer le monde quitte ici et maintenant le domaine de l’utopie pour s’enraciner solidement au cœur même de notre réalité collective.

Que le changement soit.

Émilie

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LA GRÈVE ÉTUDIANTE, L’ÉCONOMIE ET NOTRE MANQUE DE COEUR

Je ne vous parlerai pas de chiffres, puisque les chiffres, utilisés à outrance, stérilisent les passions et assèchent l’âme. Je ne vous parlerai pas d’utilitarisme, puisque l’utile, s’il règne en maître, assombrit la folie et réduit les possibilités. Je ne vous parlerai pas de rentabilité, ni de courbes graphiques, ni d’investissement, ni de comparaisons sociopolitiques, puisque toutes ces notions outrageusement techniques sont déjà abondamment sollicitées dans le Grand Bal pseudo-dialectique du pour-ou-contre-la-hausse-des-frais-de-scolarité qui accapare le débat public actuellement.

Je vous parlerai plutôt d’une idéologie, voire même d’un acte de foi. Je vous parlerai plutôt d’une croyance, proprement humaine, qui surpasse toutes formes de contre-arguments raisonnés, tellement elle s’accoquine avec le dogme et donc, avec l’absolutisme. Mais de quelle idéologie fais-je allusion me demanderez-vous? Celle qui porte le visage de l’économique vous répondrai-je. En quoi cela affecte-t-il le blocage du pont Jacques-Cartier par une faction de jeunes étudiants « hyper-testostéronés » et TOTALEMENT déconnectés de la réalité des contribuables-automobilistes me répliquerez-vous? En tout, vous rétorquerai-je.

La manifestation étudiante qui bat son plein présentement au Québec n’est certainement pas une fin en soi, mais plutôt le symptôme d’une crise sociale, qui dépasse la simple situation de l’éducation postsecondaire. C’est de cette même crise que se réclament les milliers d’éducatrices en CPE; c’est de cette même crise que se réclament les propriétaires refoulés à grands coups de sabots par les compagnies gazières qui ne visent, ultimement, que l’extraction des gaz de schiste; c’est de cette même crise que se réclament les premières nations, craintives de voir les multinationales minières saigner à blanc leurs terres ancestrales et sabrer à mort leurs traditions séculaires; c’est de cette même crise que se réclament TOUS les indigné(e)s du monde, ces représentants du 99% de l’humanité, forcés à vivre et survivre selon les diktats d’une oligarchie économico-financière. Mais en quoi consiste cette fameuse crise, hurlerez-vous? En l’aplanissement de la réalité humaine en termes strictement économiques clamerai-je (à noter que l’économie en soit n’est pas un problème. Le fondamentalisme économique, oui!).

Certains me reprocheront de faire dans le zèle généraliste, voire dans la simplicité universalisante. Peut-être. Mais à peine. D’autres me calomnieront en toute impunité, chose qui ne me gène guère. Au-delà des divergences d’opinions, je persiste à croire que le centre névralgique de cette crise sociale est essentiellement lié à une « valeur » abusivement cartésienne et terriblement écrasante, à savoir cette tendance choquante à tout inclure dans la grande mosaïque du monde économique – mosaïque qui est d’une nature atrocement complexe et très certainement décourageante pour le ou la citoyen(ne) averti(e), désireux(se) d’y voir plus clair afin de pouvoir réfléchir ce système qui régule les moindres faits et gestes de son existence et ce, qu’il ou qu’elle vive dans les quartiers huppés de Stockholm ou bien dans les bidonvilles de Cité Soleil.

L’Être humain, ce bipode rationnel et utile.

C’est donc de cette légitimité sacralisée que découle le règne omnipotent de l’économie, pure création de l’homme mais supposément « neutre » et « indifférente » face à ses propres actions et conditions. Tous les aspects d’une société y sont ainsi filtrés et façonnés selon les bons vouloirs de cette divinité des temps modernes. Qu’il s’agisse du transport, de l’industrie forestière, de l’art, de la santé, de l’éducation, de la construction, des sciences pures, de la publicité, de la politique, du sport, de l’artisanat… il est continuellement et indéniablement question de rentabilité économique; en d’autres termes, de monnayer les actions de l’homme jusqu’à ses profondeurs les plus abyssales. Et c’est dans cette optique purement positiviste que s’inscrit le modèle éducationnel offert à la jeunesse estudiantine québécoise, mais également canadienne et états-unienne et britannique, etc. Un modèle éducationnel qui priorise assurément les compétences au savoir, puisqu’un savoir, s’il n’est pas appliqué, n’est aucunement quantifiable ni même observable dans un budget semestriel. Par conséquent, basta les idées. Basta la pensée critique. Basta tout ce qui est du domaine de l’intériorité.

Qu’en est-il alors des peurs et des joies, de la motivation et des appréhensions, des frissons qui peuvent nous parcourir l’échine à la vue spectaculaire des perséides ou à celle de notre mère, agonisante, dans les limbes des salles d’urgences, de notre aptitude à ressentir de l’empathie, de regarder l’autre comme un voisin et non comme un concurrent, de prendre le temps de souffler, de rire, de pleurer, de considérer le pourquoi de nos existences, de nous questionner sur la mort, de la craindre pour ensuite la maudire, pour ensuite l’accepter, d’aimer nos enfants et de les voir s’épanouir dans leurs carrières d’artistes, d’enseignants, de charpentiers, d’informaticiens ou quelques soient leurs passions (puisqu’une carrière se doit d’être une passion, sinon, à quoi bon)? Qu’en est-il de toutes ces « autres choses » qui font de nous des êtres humains dans notre affect, dans nos contradictions, dans nos espoirs et nos rêves? Qu’en est-il de cette dimension du réel qui n’est pas uniquement économique et qui, pourtant, rempliera la très grande majorité de notre court passage sur Terre? Qu’en est-il de toutes ces expériences riches en émotions, qui insuffleront un sens à nos vies, qui nous donneront une direction, une raison d’être et qui, dans la majorité des cas, seront forgés et cristallisés par une éducation adéquate? Il ne s’agit plus ici de légitimer ou non la pertinence de la hausse des frais de scolarité selon une seule et unique lorgnette explicative – soit celle de l’économie ‒, mais plutôt de transcender cette vision monolithique afin de reconsidérer le modèle de l’éducation sous une approche pluraliste, qui saura rallier les différents aspects d’un être humain tout en l’intégrant de la meilleure manière qui soit dans son environnement social. Et j’insiste sur l’appellation d’être humain et non pas sur celle de produit, désignation tristement utilisée dans le milieu des hautes instances bureaucratiques des Universités québécoises.

Une idéologie, de par sa nature, réduit les diverses possibilités à une seule, soit celle qu’elle privilégie. Malheureusement, c’est de cette extraordinaire réduction dont il est question aujourd’hui, à l’ère de la modernité, cette mère de la plus crasse et insidieuse inégalité sociale, c’est-à-dire celle qui transforme l’homme en un être de plus en plus individualiste, égocentrique et agressif, puisque mu par ses seuls et uniques intérêts personnels; celle qui transforme l’homme en un bipode rationnel et utile. Fait à noter très intéressant, les pays (pour la plus part Européen) qui adhèrent au modèle de la gratuité scolaire témoignent d’un bien plus petit écart entre les inégalités observées et ce, à tous les niveaux de la société!

Fragmentation et unité.

Le dégel ou non des frais de scolarité peut, d’emblée, se présenter comme un problème social plus ou moins grave, ne s’adressant qu’à ses simples protagonistes, soit les étudiants et étudiantes, mais il m’apparait évident qu’il ne s’agit pas ici d’un problème sectorisé, indépendant et imperméable à l’ensemble de la collectivité et que, bien au contraire, ce même problème s’insère très étroitement dans un plus vaste panorama. Les écologistes nous apprennent que les écosystèmes évoluant dans leurs milieux naturels sont tous étroitement reliés par un équilibre fragile, faisant en sorte que la nature, à l’instar de la société, prend le visage d’une grande unité organique et non pas celui d’un tout morcelé par ses différentes parties. Or présentement, dans le paysage politique du Québec et du Canada, c’est le modèle contraire qui fait figure d’autorité quant à la conception de société. De ce constat, point de vision unitaire à l’horizon. Seulement des cas isolés. Comme celui des jeunes universitaires et collégien(ne)s en grève. En somme, dans une perspective d’un « en devenir » ‒ et non pas dans celle de l’ « ici et maintenant » ‒, cette hausse vertigineuse des frais de scolarité (augmentation de 75% étalée sur 5 années) affectera beaucoup plus que les seuls secteurs des institutions universitaires et collégiales, des étudiant(e)s qui les côtoient et de leurs futurs statuts de contribuables. Dans les faits, elle affectera l’ensemble du corps social, c’est-à-dire, cette grande unité organique.

Pour l’instant, l’issu de cette impasse semble toujours plongée dans un épais brouillard, Mme Beauchamp ayant réaffirmé à maintes reprises sa position intransigeante à l’égard des revendications étudiantes, soit le maintien de la hausse des frais de scolarité. Pourtant, que le gel perdure ou « dégel », la fin de cette guerre de nerfs ne se terminera que par la mise en action d’un choix politique et donc, collectif, peut-être (espérons-le!) au détriment de tous ces pourvoyeurs du libre arbitre à tout prix, trop occupés à penser leurs existences en termes de statistiques, d’utilité, de performance, de solvabilité et quoi d’autre encore. Bref, il s’agit ici de la mise en action d’un choix politique qui sera à l’image du monde que l’on voudra bien créer et qui sera, surtout, à l’image de celui que nous lègueront aux prochaines générations. Pour être encore plus clair, NOUS avons, aujourd’hui même, la possibilité, d’une part, de laisser nos enfants s’endetter abusivement ou, d’autre part, de leur offrir le droit de s’éduquer gratuitement.

En guise de conclusion, je demeure convaincu que cette mobilisation grandissante qui se déroule présentement au sein du mouvement étudiant, mais également au sein du corps professoral (puisque plusieurs enseignants et chargés de cours appuient ouvertement et publiquement la grève), est l’effet d’une crise infiniment plus globale, ébranlant les fondements même de nos humanités, diminués que nous sommes par notre incapacité à s’inscrire dans un « nous » symbolique, par notre foi aveuglante en la sacrosainte croissance économique, par notre manque de cœur. De ce fait, un changement d’envergue s’impose et c’est précisément pour cette raison, qu’à l’heure actuelle, la rue est prise d’assaut par ceux et celles qui aspirent à le provoquer.

Jonathan Quesnel,

Scénariste et étudiant en sciences des religions à l’Université du Québec à Montréal.

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Le tribunal de la raison (encore une lettre à Martineau)

Monsieur Martineau!

Vous citez dans une même entrevue Marc Laurendeau et Groucho Marx sans les nommer, probablement pour laisser croire au public de TLMEP que vous avez un joli brin d’esprit, que vous êtes, en quelque sorte, plus intelligent que Voltaire ( homme de lettres français du Siècle des lumières, c’est-à-dire le 18e). En ce sens, il appert que vous ne recherchez pas la délibération, mais plutôt, que vous cherchez à épater les spectateurs d’une populaire émission de variétés, la plus consensuelle qui soit. Vous faites des plaisanteries volées.

Vous a-t-on déjà entendu citer Rousseau ou Adam Smith, Marx, Nietzsche, Aron, Foucault, Debord, Bourdieu, Chomsky? Bien sûr que non. Lorsque l’on s’appuie sur un philosophe, un sociologue, un historien, etc. c’est pour étayer son argumentaire. Mais d’arguments, vous n’en avez pas le moindre. Votre constante rhétorique de l’homme de paille, vos jugements de valeur soutenus par quelques anecdotes impertinentes, vos citations cachées vous mériteraient une mention E (pour échec) dans tous les cours de toutes les facultés de toutes les universités du monde.

Il serait biaisé de vous qualifier d’ennemi des étudiants. Vous êtes bien plutôt l’ennemi de la raison.

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