Une solution philosophico-politique

«  Considère comme un ennemi public quiconque hait le peuple. »

– Cléobule de Lindos

Le texte qui suit concerne une proposition de résolution de conflit sur la hausse des frais de scolarité. Cette proposition a été formulée dans un texte de mon camarade et ami Éric Lecuyer, texte ayant pour titre « proposition menant à une résolution immédiate du conflit étudiant ». Je tenterai pour ma part de faire valoir l’intérêt particulier que représente cette option ainsi que l’originalité de la démarche, en tant que dépassement de la contradiction interne au conflit, par une brève analyse de son contenu. Je parlerai, pour l’essentiel, de violence symbolique et de principe dialectique.

Parce qu’il a été porté au pouvoir par un nombre de partisans moindre que le nombre d’abstentionnistes complètement désabusés que l’on ne compte plus dans la province, et parce qu’il a sciemment oublié que l’idée de démocratie implique un minimum de dialogue avec le peuple dans la gestion des affaires étatiques, le gouvernement Charest doit impérativement, et depuis toujours, nous convaincre qu’il est légitime, tant dans son être que dans ses actes. Tel est le cas dans à peu près tous les ministères libéraux, celui de l’éducation, des loisirs et du sport n’y faisant pas exception.

Le problème de légitimation du gouvernement pour instaurer l’ordre dans la société qu’il prétend défendre passe d’abord par la légitimation de l’ordre symbolique. Le gouvernement tente de légitimer l’ordre symbolique qui est le sien propre afin d’incorporer les nouvelles générations (la jeunesse étudiante) au monde socialement objectivé (libéralisme économique étendu à toutes les sphères de la société), et ainsi maintenir l’ordre social au sein de la communauté. L’abstraction de la juste part s’inscrit alors comme violence symbolique lorsque le gouvernement se fait l’apôtre d’une justice que jamais il ne définit, et qu’il pose cette juste part comme une objectivité incontournable. C’est cette même objectivité incontournable que l’on a pu repérer dans le discours d’Alain Bourdages, inspecteur-chef de la planification opérationnelle au SPVM: « On considère les gaz lacrymogènes moins dangereux pour la sécurité des policiers et des manifestants que les contacts physiques comme les coups de bâton ». Bien sûr, les coups de bâton sont plus dangereux, mais pourquoi le bâton est-il proposé comme étalon de mesure, comme nécessité immuable, comme allant de soi? N’est-ce pas ici l’État comme détenteur du monopole de la violence légitime qui est à l’oeuvre? Il faut bien comprendre, pour pouvoir évaluer les possibilités réelles de gagner au bras de fer avec le gouvernement, qu’avant même l’annonce de la hausse des frais de scolarité, nous étions déjà pris, malgré nous, dans l’univers des modalités économiques imposé par la toute-puissance du marché concurrentiel promu par le capitalisme monopoliste d’État.

Considérons l’imposition de la hausse des frais de scolarité comme la thèse, et la grève étudiante comme l’antithèse d’une dialectique qui, dès l’annonce de la hausse des 1625$, a insidieusement pris place sur le terrain de l’économie. Les deux termes (thèse et antithèse) ne relèvent que de l’esprit de contradiction. Ce premier mouvement de la dialectique (se poser en s’opposant) est, fondamentalement, un conservatisme qui exige la répétition conflictuelle en tant que refus de la dépasser: les deux positions idéologiques sont dualité, mais aussi complémentarité. Lecuyer propose une solution visant le plus rapidement possible à mettre fin à cette relation d’engendrement réciproque de la thèse et de l’antithèse où les chiffres de l’un se voient contredits par les chiffres de l’autre, encore, toujours et ainsi de suite, nonobstant la rigueur des études avancées par certains spécialistes particulièrement bien informés.

Tant que durera la grève, on ne peut s’attendre qu’à un petit gain substantiel ou à une perte. Tant que durera la grève, les médias délaisseront la question du Plan nord, des gaz de schiste, de la corruption et de la collusion pour déplorer le triste sort d’une fameuse paire de lunettes ministérielles ou pour vanter quelques slogans puisés ça et là dans la rue. C’est là, bien malgré nous, un conflit qui profite politiquement au gouvernement, si tant est qu’il soit toujours au pouvoir. La volonté de faire éclater les bornes imposées et de rentrer avec force sur le terrain politique (en tant que seule opération synthétique pouvant dépasser la contradiction interne au conflit) me semble être la plus intéressante solution et, avant tout, la plus citoyenne.

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Catégories : Grève générale 2012, Mouvement étudiant, Politique et société | 2 commentaires

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2 avis sur « Une solution philosophico-politique »

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