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M. Bouchard, nous ne dormons pas au gaz

M. Bouchard,

L’entretien que vous avez accordé à La Presse le 15 septembre 2012 n’a pas manqué de m’interpeller, à défaut de me surprendre. Je ne vous cache pas que vos propos me lassent, ayant sur moi l’effet d’un disque enrayé qui renvoie invariablement l’aiguille au début d’un vieux refrain.

Au cours de l’entrevue, vous avez abordé entre autres les thèmes de la jeunesse, de l’implication politique et de la souveraineté. Je me concentrerai ici exclusivement sur ces thèmes.

Qu’est-ce donc que la jeunesse, M. Bouchard? Je constate que vous utilisez ce terme à la fois pour désigner une idéologie et un groupe d’âge aux frontières floues. L’usage d’un mot pour désigner simultanément plusieurs concepts distincts est une arme de choix dans l’arsenal du démagogue. Schopenhauer est sans doute un de ces grands penseurs que vous avez lu.

Si l’on prend pour point de départ les définitions contradictoires que vous appliquez au terme « jeunesse », je prétends que la « jeunesse » a été évincée de la politique et qu’il est tout à fait normal qu’elle se tourne vers d’autres canaux d’expression pour se faire entendre. En mon sens, cette marginalisation a pour causes principales la démographie et notre mode de scrutin.

Le vieillissement de la population Québécoise (thème que vous avez abordé jusqu’à plus-soif dans le manifeste des Lucides) est, cela va de soi, un phénomène bien réel qui touche toutes les sphères de notre société. Comme les jeunes sont moins nombreux que les vieux, les grands partis sont énormément plus enclins, pour des motifs électoralistes, à offrir des largesses souvent illusoires, malhonnêtes et contre-productives aux aînés plutôt qu’aux étudiants et aux jeunes professionnels. Dans notre écosystème politique actuel, les 0-25 servent plus souvent de figurants sur des photos de campagne que de préoccupation nationale. [n.d.a. J’ai moi même quitté la politique active quand le PQ a échangé les pouvoirs de SPQLibre pour une ceinture fléchée et une guimbarde.]

Or, si le Québec décidait de troquer son mode de scrutin datant du 19e siècle pour un système moderne, je suis persuadé que la jeunesse réintégrerait massivement la sphère politique puisqu’elle y aurait une voix effective. Je doute que les jeunes investiraient à nouveau les grands partis qui ne veulent souvent d’eux que lorsqu’ils ont des pancartes à poser, mais ils militeraient sûrement au sein de différents petits partis dont le programme correspond plus fidèlement à leurs aspirations. Ce nouvel activisme politique ne manquerait pas non plus d’influencer positivement l’attitude des grands partis envers la population autant qu’envers leurs collègues. Devant une pluralité marquée des points de vue, il serait nécessaire de faire des concessions.

Le retour d’un engagement clair envers ou contre la souveraineté ferait partie, d’après moi, de ces concessions. Parce que les jeunes souverainistes, M. Bouchard, eh bien ils existent encore, merci beaucoup. La plupart rejette en bloc (no pun intended) le séparatisme carburant à la Survivance et au repli identitaire. Je suis cependant certain qu’une option nationale (poum poum tsssssh!) inclusive et fermement orientée vers l’avenir constitue ce projet collectif rassembleur que vous n’arrivez pas à trouver. L’attentisme est la pire des solutions. Il faut abondamment parler de nos rêves dès notre réveil, sans quoi on les oublie.

Je vous souhaite bonne chance dans vos projets de développement gazier. Vous en aurez besoin. Pendant ce temps, la jeunesse va travailler à électrifier son système de transport, à nationaliser ses ressources naturelles et à se bâtir un pays inclusif et solidaire. On en a un projet de société, mais vous avez trop de pétrole dans les yeux pour le voir.

Meilleures salutations,

Un « jeune » (peu importe ce que cela veut dire)

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Catégories : Chronique de la haine ordinaire | Mots-clés : , , , , , | 12 commentaires

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