Archives d’auteur : Eric Lécuyer

À propos de Eric Lécuyer

Cognitiviste autodidacte, philosophe de fond de rang, zombificateur de vieilles choses et conseiller RH par inadvertance.

Aux couleurs de l’athée indien (sur un air connu)


Basava PremanandIntroduction

Au cours de ce travail, nous nous intéresserons à l’apparition de courants de pensées athées et matérialistes en Inde ainsi qu’à leur récupération par des groupes rationalistes contemporains. Une multitude de facteurs rendent l’étude de l’incarnation ancienne de ce type de mouvement particulièrement ardue, mais nous estimons que l’évocation de ces défis puisse faciliter la compréhension de notre objet de recherche. C’est pour cette raison que nous avons choisi d’amorcer notre réflexion par l’énumération de ces difficultés.

Nous poursuivrons à partir de cette base en dressant un portrait général, nécessairement incomplet, de l’école lokayata/carvaka[1] qui proposait notamment l’inexistence de vie après la mort et l’inefficacité absolue des rituels (qu’ils soient brahmaniques ou non).  Nous tenterons de démontrer à quel point ce système est semblable à l’empirisme britannique qui est apparu plus d’un millénaire plus tard. À cette notion, nous grefferons aussi la similitude que l’on observe entre les critiques de l’athéisme indien ancien et celles dirigées vers l’athéisme moderne.

Nous terminerons notre exposé en donnant quelques exemples de groupes rationalistes indiens contemporains qui attribuent la paternité de leur mode de pensée aux loakayata/carvaka plutôt qu’à Hume, Locke ou Popper, par exemple. Nous pensons qu’en situant la naissance de l’athéisme matérialiste en Inde (ce qui est vraisemblablement exact), ceux-ci octroient à leur philosophie une dimension nationale et ancienne qui la rend plus séduisante aux yeux de leurs compatriotes. Lire la suite

Advertisements
Catégories : Grandes traditions religieuses, Travaux académiques | Laisser un commentaire

Tu es nabot et tu retourneras nabot : Fluctuation de l’opinion publique par rapport à Napoléon Bonaparte dans « La guerre et la paix »

Introduction

Dans le cadre de ce travail, nous traiterons essentiellement des fluctuations de l’opinion qu’entretenaient des individus et des groupes d’intérêts envers le personnage de Napoléon dans le roman La guerre et la paix. Bien que cet ouvrage soit indéniablement dense et riche en détails divers, nous estimons que la philosophie promue par son auteur y est omniprésente. Ce faisant, il n’est pas particulièrement ardu de la cerner et d’identifier les indices qui révèlent sa nature.

En notre sens, la pensée de Tolstoï à l’époque de la rédaction de La guerre et la paix peut se résumer ainsi : la plupart des individus sont fascinés par leur propre existence et les événements survenant en périphérie de leur destin font seulement sens lorsqu’ils sont filtrés par le prisme de celui-ci – cette notion permettrait aux gens d’accorder une importance démesurée à l’influence de leurs actions sur le cours de l’Univers (Tolstoï, 1893). Or, pour Tolstoï, cette position est intenable lorsqu’on l’examine objectivement à la lumière du déroulement de l’Histoire. À l’aide d’exemples tirés du quotidien des personnages, de spéculations philosophiques sur le libre-arbitre ainsi que d’analyses historico-critiques des succès comme des défaites des armées de Napoléon et d’Alexandre, l’auteur soumet un cadre alternatif d’évaluation du bien et du mal.

Dans cette optique, il nous a paru particulièrement pertinent de nous intéresser à la figure de Napoléon en tant qu’incarnation du mal puisqu’il est clair pour nous que la haine ou l’admiration que peuvent lui porter les différentes factions présentes dans le roman ne sont absolument pas corolaires aux actions de l’Empereur prises isolément, qu’elles soient « bonnes » ou « mauvaises ». Ce qui conditionne invariablement l’opinion sur Bonaparte est la comparaison de ses actions – réelles ou présumées – avec les valeurs et les aspirations entretenues par les différents personnages peuplant l’œuvre de Tolstoï. À cela, nous pourrions rajouter qu’à ces préoccupations personnelles se juxtaposent immanquablement les positions prétendument tenues par un groupe de pairs dont l’influence peut être jugée bénéfique par un individu donné et auquel celui-ci pourrait souhaiter s’identifier. C’est en se soustrayant à ce mode de pensée et en reconnaissant la modestie de leur empreinte sur le monde que les personnages deviennent capables d’indifférence face à Napoléon, à la guerre, au Siècle (Tolstoï, 1893). Lire la suite

Catégories : Politique et société, Travaux académiques | Laisser un commentaire

Propulsé par WordPress.com.